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Madame d’Arconville (1720-1805)
Une femme remarquable au temps des lumières

Madame d’Arconville était une figure fascinante, connue pour ses travaux scientifiques et littéraires. Elle a écrit des romans, des essais et des ouvrages scientifiques. 
“ Une des femmes les plus instruites et les plus modestes du XVIIIe siècle ” déclare en 1820 le biographe Antoine-Alexandre Barbier. Et il ajoute : “ Ses nombreuses productions obtinrent de son vivant beaucoup de lecteurs, par leur seul mérite. ” Elle fut aussi prolifique en sciences qu’en lettres. Elle joignit à l’étude de la physique et de la littérature celle du monde de l’anatomie, de la chimie et des langues. De l’anglais ou de l'italien, elle traduit tous les genres littéraires. Elle appartient donc au monde des Lettres et des Sciences. Si elle déteste les philosophes, elle aime Rousseau et Voltaire. Loin de Rousseau, dont elle admire l'éloquence, ses textes rappellent l’introspection de ses maîtres à penser, Montaigne et Pascal, ou le style incisif de ses contemporains, les écrivains Jacob Grimm et Louis Mercier. 

Les premières informations concernant Madame d’Arconville ont été fournies par son neveu, Pierre-Henri-Hyppolite Bodard de la Jacopière. Qui est donc cette Madame Thiroux d’Arconville, née Marie Geneviève Darlus ? Elle est la fille d’André-Guillaume Darlus, riche fermier général et de Françoise-Geneviève Gaudicher de la Herberdière. Elle perd sa mère à l'âge de 4 ans. À 14 ans, elle épouse Louis Lazare Thiroux d’Arconville, jeune conseiller - bientôt président - au Parlement de Paris. Elle est connue à cette époque comme la “ Présidente d’Arconville “.
Enfant, elle aurait aimé être ambassadeur, si elle avait été un homme. Elle n’apprend à lire qu’à 8 ans, et parce qu’elle le demande à son père. Celui-ci, bien qu’aimant sa fille, ne s’occupait pas de sa scolarité. Il l’a confiée à une gouvernante après la mort de sa mère. Elle est curieuse et avide d’apprendre. Adulte, elle jongle entre sciences, littérature et histoire - activités masculines - traductions et productions personnelles. Mère de trois fils, dont l’aîné Louis Thiroux de Crosne fut intendant puis lieutenant général de Police. Il fut exécuté le 28 avril 1794 sous la Terreur. Elle fut également emprisonnée à cette époque. Elle en gardera une haine farouche de la Révolution. 

Ce mariage à 14 ans, elle l’a vécu comme une contrainte, mais en a su tirer une indépendance financière et du temps (grâce à sa fortune) pour étudier. Elle a tout d’abord mené une vie mondaine, fréquentant les salons français les plus reconnus de l’époque.  Mais à l’âge de 22 - 23 ans, Charlotte contracte la petite vérole et en sort grièvement défigurée. Cette période marque un tournant dans sa vie. Cette maladie l’a sans doute incitée à un retrait de la vie mondaine. Alors qu’elle est passionnée d’art, de théâtre et d’opéra et qu’elle tient salon, elle se lance dans l'étude, suit en particulier des cours d’anatomie au jardin du Roi, de botanique et les cours de Rouelle en chimie.

L'été, elle part dans son château de Crosne près de Paris, où se trouve un arboretum. Au château, elle se crée un laboratoire et mène plus de trois cents expériences sur la putréfaction des aliments. Pendant huit ans (1755-1763), elle a mené plus de 300 expériences dans son laboratoire (installé notamment à Crosne) pour étudier la décomposition des aliments. Elle a fait pourrir des viandes, des œufs, des fruits, du lait, des poissons… Elle a publié un ouvrage intitulé « Essai pour servir à l’histoire de la putréfaction ». Elle a mené des expériences pour étudier la putréfaction en fonction de la température, de l’humidité et de la présence de l’air. Elle transformait sa maison en vrai site d’expériences odorantes et macabres, tout en restant dans l’ombre. Ce qui est particulièrement insolite, c’est qu’elle a démontré expérimentalement que le quinquina, (l’écorce dont on tire la quinine déjà connue contre le paludisme) avait un puissant effet antiseptique sur la putréfaction (plus d’un siècle avant Pasteur !). Ses observations précises ont été saluées par des chimistes. C’est une des premières démonstrations expérimentales claires, réalisée par une femme autodidacte, dans un laboratoire domestique, à une époque où les femmes n’avaient pratiquement pas accès aux sciences expérimentales.

Elle écrit anonymement une trentaine de livres, dont la traduction d’articles scientifiques écrits en anglais ou en italien. Elle s’est appliquée à apprendre les langues de façon à devenir une traductrice chevronnée. Elle choisit volontairement l’anonymat. À l’époque, une femme savante pouvait susciter moqueries ou suspicion. Beaucoup de ses contemporains ignoraient qu’une femme était derrière ces écrits savants.

Cependant, elle paraît avoir eu une grande autonomie de recherche, d’écriture et de publication.  Elle a une maison à Meudon, commune où elle a créé un petit hospice. Là, des religieuses, à ses frais, soignent les malades des environs. Il est mentionné qu’elle passait du temps seule dans le Marais à l’impasse Pecquet (cul de sac aujourd’hui disparu). Curieusement, Lavoisier y est né le 26 août 1743. Elle jouissait dans le Marais d’influence et de considération. Elle emménage dans l’hôtel particulier de Guénégaud des Brosses (aujourd'hui musée de la chasse, rue des Archives à Paris, dans le Marais). Puis, elle se tourne vers l’Histoire qui sera désormais sa principale occupation.  Sa réputation a rebondi au début du 21e siècle avec la mise au jour inattendue des Pensées, réflexions et anecdotes de Madame d'Arconville : 12 volumes de manuscrits inédits rédigés à la fin de sa vie, plus de 200 textes que l'on croyait perdus à jamais. C’est une découverte passionnante car cet immense ouvrage offre un aperçu de sa personnalité et de ses idées sur la vie, la société et la littérature. Cette redécouverte s’inscrit dans un mouvement plus large de réhabilitation des femmes intellectuelles au siècle des Lumières. Elle donne accès à une voix du 18ème siècle longtemps restée silencieuse.

En 1804, Fortunée Briquet, femme de lettres, dédie à Napoléon Bonaparte un dictionnaire féministe dans lequel elle fait sortir Madame d’Arconville de l’anonymat : ” Elle joignit à l’étude de la physique et de la chimie, celle de la morale, de la littérature et des langues “. Madame d'Arconville est considérée comme une figure importante de l’histoire des Femmes et des Sciences au XVIIIe siècle. Son rôle a permis de promouvoir les idées des Lumières et de préparer le terrain pour les mouvements féministes futurs.

Jacky Morelle




Atelier Nicole Dana - Peinture sur porcelaine

Nicole Dana réalise des porcelaines dessinées et peintes à la main.

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Philippe Entremont - 70 ans de carrière internationale de Thierry Vagne

En France, Philippe Entremont reste un artiste relativement peu célèbre, notamment auprès des jeunes générations.
C’est le paradoxe de cet artiste : avoir été un des plus grands pianistes, un chef admiré de par le monde, un pédagogue recherché et ne connaître pourtant qu’une notoriété assez faible dans son pays de naissance.
Ce livre retrace le parcours de ce jeune homme de quatre-vingt-six ans au travers des différentes périodes de sa vie si riche en succès et en rencontres ; l’homme est brillant, manie un humour parfois féroce et ne pratique pas la langue de bois…
À ce stade de sa vie, il dit ses quatre vérités, permettant ainsi d’avoir en creux une description vivante du milieu musical français et international.

Philippe Entremont - 70 ans de carrière internationale de Thierry Vagne - Éditions Aedam musicae - 2020 - 112 p. - 15 €

 



Riant aux papillons d’or de Béatrice Nodé-Langlois

Riant aux papillons d’or évoque une aventure vécue à la lumière du Roi Lear (Shakespeare). Ce genre d’aventure s’appelle aujourd’hui un « accompagnement ». Celui que j’ai accompagné, et continue d’accompagner dans ce « roman », est mon père, un quasi-centenaire qui a été ingénieur, vient d’être diagnostiqué Alzheimer, mais garde encore beaucoup, beaucoup de caractère. L’accompagnante, la narratrice, est sa fille, peintre et écrivain dans la soixantaine. Presque tous les jours, de 2000 au 29 janvier 2004, elle est allée chez son père. Elle a observé avec émotion, admiration et agacement ses façons de parler et de se comporter. De vieilles oppositions en ont profité pour refaire surface. Les traces de chocs frontaux. Mais aussi des attachements et des attirances dont elle ne se doutait pas.

Ces quatre années furent à l’image de mon père : concrètes, tendres, courageuses, tragiques, cocasses, intemporelles, saugrenues.
« (…) Ce n’est pas vraiment triste. Ou pas encore. Ou pas tous les instants. C’est autre chose. Une sorte de révélation. La vie, notre vie, a changé de ton et d’allure. Nous avons moins envie de nous distraire. Ou moins souvent. Ou plus follement… Quelque chose d’autre a commencé. Qui n’est pas funéraire. Qui n’est même pas une agonie. Quelque chose qu’on ne sait pas. Qui prendra du temps ? Ou n’en prendra pas ? Quelque chose, en tout cas, de diablement là ! Plus diablement là que tout ce que nous pouvons goûter, toucher, voir ou entendre. De ce quelque chose nous ne connaissons que le nom : la mort (…) »
BNL (31/10/2019)

Riant aux papillons d’or - Béatrice Nodé-Langlois - Éditions d'écarts - 2019 - 331 p. - 25 €