Pierre Boulez - Entretiens avec Michel Archimbaud

Pierre Boulez nous quittait il y un an. Cette figure centrale de la musique contemporaine d’après la deuxième Guerre mondiale a déchaîné enthousiasmes, incompréhensions et polémiques. L’intérêt de ce petit ouvrage est que les entretiens ont été menés par un auteur mélomane, donc sans jargon spécialisé.
S’il n’apprendra rien aux familiers du compositeur qui a beaucoup écrit et a été maintes fois interviewé, il devrait intéresser les plus jeunes dressant in fine le portrait d’un homme qui avait « soif d’idéal » au travers des principaux chapitres : son parcours, le compositeur, le chef d’orchestre, l’opéra, l’enseignement, ses rapports avec la peinture et la littérature notamment.
Un extrait à propos de la musique contemporaine: "Il y a parfois des efforts à faire et trop de gens ne font pas assez d'effort en matière d'art, soit par paresse, soit parce qu'ils sont trop attachés aux formes du passé. Ils ont arrêté d'évoluer et c'est regrettable. La musique n'est donc pas la seule en cause, mais aussi ceux qui l'écoutent."

Pierre Boulez - Entretiens avec Michel Archambaud - Folio essais - 2016 - 220 p. - 7,10 € - Extraits

Thierry Vagne 11/01/17

 

Les cheveux de Lucrèce - Étienne Barilier
Un « petit livre » d’Étienne Barilier, petit par sa taille, mais pas par la force de l’intrigue ni celle de l’impression qu’il laisse au lecteur.
Lucrezia Borgia était-elle l’affreuse créature que l’on a toujours décrit ? La jeune Lucrezia du roman, si elle a les mêmes blonds cheveux que ceux de son aînée (gardés précieusement à la Biblioteca Ambrosiana de Milan) est, elle, un genre de madone. Clément, jeune homme aussi réservé que son quasi-jumeau (Arnaud - lui si débrouillard dans toutes les choses de la vie) en tombera éperdument amoureux. On ne dévoilera pas l’intrigue qui se situe en marge des métiers d’art en Italie, sorte de machination du Mal envers le Beau et le Pur. On sort de la lecture comme sonné devant tout ce sordide si élégamment narré, étayé comme d’habitude par une grande culture.

Les cheveux de Lucrèce - Étienne Barilier - Buchet Chastel - 2015 - 240 p., 15,00 €

Thierry Vagne - 23/10/15


Pourquoi Oradour-sur-Glane : mystères et falsifications autour d’un crime de guerre
Le 7 décembre 2014, à la Maison du Limousin de Paris, Michel Baury a présenté devant une salle comble son dernier ouvrage : «Pourquoi Oradour-sur-Glane : mystères et falsifications autour d’un crime de guerre».
Homme aux multiples talents, Michel Baury est ingénieur en génie atomique, il a publié des recueils de poésie, des essais, des traductions du roumain de contes pour enfants, un ouvrage de collecte de mémoire sur l’Occupation, «Augustine-Liberté, coeur de femme au quotidien - 1939-1945 : journal de guerre en Limousin» Editions Thélès, Paris. Michel Baury fut Président de notre association de 1996 à 1999.
Limousin lui-même, M. Baury porte forcément un grand intérêt à tout ce qui touche à la guerre en Limousin et devant le massacre d’Oradour-sur-Glane, l’un des événements les plus mystérieux et les plus sanglants de l’Occupation, il décide de chercher à comprendre ce qui s’est réellement passé le 10 juin 1944 à Oradour-sur-Glane.
Scientifique de formation, M. Baury adopte une démarche scientifique rigoureuse et met sa passion à la recherche de la Vérité historique. Il analyse, décortique les témoignages oraux et écrits, ceux déjà disponibles et ceux qu’il suscite et recueille, car il base sa collecte de mémoire sur la diversité des témoignages. Il détaille avec minutie la chronologie des déplacements des protagonistes, résistants français et soldats allemands. Il traque les silences et les «non-dits» qui ont pesé et épaissi les mystères.
Les questions lancinantes tournent en boucle : pourquoi ce village paisible ? Les Allemands auraient-ils confondu Oradour-sur-Glane avec Oradour de Linards, lui au cœur de la Résistance mais aussi de la Milice ...
La décision de faire un exemple a-t-elle été prise après la capture et l’exécution par la Résistance du commandant Kämpfe, «héros» de la division «Das Reich», deux jours avant le massacre ?
Il demeure des incertitudes sur l’ «affaire Kämpfe» et les silences de la Résistance ont permis aux Allemands une falsification de sépulture : au cimetière de Berneuil, en Charente-Maritime une plaque porte le nom de H.Kämpfe, alors qu’il est impossible que sa dépouille repose en ce cimetière.
Laissons Michel Baury conclure : «c’est la pluralité des témoignages qui, par les recoupements possibles qu’elle permet, conduit à une certaine approche de la «vérité historique». C’est le travail qui a été tenté dans la construction de cet essai. Il ne prétend pas avoir conduit à la découverte de cette «vérité historique» ; il se limite à avoir tenté une certaine approche avec toute la rigueur d’un scientifique de formation !» Mais précisons cependant que malgré la gravité du propos, ce travail magistral se lit «comme un roman» grâce au talent de l’auteur.

Monique Venier-Ziesel 12/01/15

 

De la bêtise - Robert Musil

Les éditions Allia ont réédité, en janvier 2012, le texte de la conférence prononcée par Robert Musil à Vienne, le 11 mars 1937, « De la bêtise ».
La bêtise étant universelle et de toutes les époques, j’ai voulu savoir comment Musil la concevait. En fait, il arrive à la conclusion que la bêtise est impossible à définir tant elle jouxte d’autres domaines.
Les proverbes cités par l’écrivain sont frappés au coin du bon sens populaire : « Qui se loue s’emboue » et « Vanité et bêtise poussent sur la même tige », mais la bêtise ne se limite pas à la vanité, elle présente de multiples aspects et, comme le dit Musil, « Nous sommes tous bêtes à l’occasion ». Si nous prenons vraiment conscience des limites de notre savoir et de notre pouvoir, nous arrivons à la modestie, qui est « la meilleure arme contre la bêtise ». Et Musil se demande si nous ne quittons pas là le domaine de la bêtise pour celui de la sagesse « région déshéritée et généralement évitée par les voyageurs ». Site de l'éditeur

Marie-José Sélaudoux (25/6/2013)



Jubilé, de Henri Girard

Quand Angelbert Luppin, cantonnier dans un village normand, prend sa retraite, une fête qui rassemble notables, commerçants et petits employés est donnée à la mairie. Entre de beaux cadeaux utiles (une veste de chasse et un poste de radio à transistors) se faufile un paquet étrange, un paquet qui contient plusieurs livres, sans mot d'accompagnement.
Tout ce roman de 300 pages tourne autour de ces livres et l'enquête que mènera Angelbert pour trouver leur provenance. En chemin cette aventure rapprochera des êtres qui passaient leur vie dans la solitude alors qu’ils étaient faits pour vivre ensemble. Des personnages sortis de la France profonde telle qu’on n’oserait plus l’imaginer, du maire héritier des seigneurs d’autrefois, au curé, sans oublier l’instituteur et le facteur, toute une farandole truculente et colorée, la réminiscence d'une enfance douloureuse, des rencontres qui l'amèneront à découvrir une vérité bien plus vaste que la révélation de l'identité de l'expéditeur, attendent notre héros, et nous font revivre une époque où les choses paraissaient plus simples, du moins à la surface.

  • Si vous aimez une histoire très bien ficelée, où la fin n’est pas décevante et où, rétrospectivement, on peut retrouver tout au long du récit les indices qui l’avaient amenée.
  • Si un langage fleuri, souvent campagnard, parfois snob, mais toujours en phase avec les personnages, ne vous offusque pas. On pense souvent à Marcel Aymé.
  • Si l’évocation des années soixante vous rend nostalgique d’une société en pleine mutation qui n’existe plus.
  • Si vous pensez que la solitude a ses tristesses mais aussi ses récompenses.
  • Si vous pensez que Céline ou Proust valent le coup d’être lus, et même Sartre.
  • Si vous aimez un humour un peu suranné, et si le nom de Geneviève Tabouis vous déclenche une madeleine.
    Vous aimerez Jubilé, d’Henri Girard, et vous en retirerez un goût de pommes acides, de girolles et de lapin en civet. Et flottera sur votre visage un sourire qui vous fera voir la vie en une nuance un peu plus rose que d’habitude. 

Laurence Grenier (28/02/2013)

PS : au lieu d’un livre tout récent qui ne me dirait rien, je vous propose ce très joli livre, que j’ai découvert au salon du livre 2006, et qui n’a pas eu la chance qu’il mérite, la maison d’édition qui le publiait ayant déposé le bilan. Pour vous le procurer, vous pouvez envoyer un chèque à : Editions L’Arganier, Mireille Virot, 10, rue de l’Eglise, 77930 Perthes. Prix : 18 €, port inclus Depuis, Henri Girard a publié plusieurs romans, des nouvelles, qui ont toujours la même qualité : une bonne histoire très bien racontée dont la fin est logique, quoique très surprenante. Et surtout avec beaucoup d’humour et dans une langue pleine de mots savoureux, ce qui n’est pas si courant de nos jours. Vous pouvez en savoir plus en allant sur son site http://www.auteur-roman-nouvelles.com/ 



Il pleuvait des oiseaux, de Jocelyne Saucier

Nul Canadien ne peut avoir oublié "les Grands feux qui, au début du XXe siècle ravagèrent l'Ontario et les régions avoisinantes, produisant des fumées si épaisses et nocives qu'elles détruisirent gens et bêtes, au point qu'"il pleuvait des oiseaux" !
Soixante ans plus tard, rien d'étonnant donc à ce qu'une photographe, soucieuse de mémoire, parte à la recherche de Boychuck, l'un des rares protagonistes qui, adolescent à l'époque, ait survécu. Pour le découvrir, il lui faudra s'en aller au plus profond des forêts, et apprivoiser deux vieux ermites, âgés de 80 ans ; épris de liberté et qui se sont volontairement retirés du monde. Conquérir "Marie Desneiges" enfermée arbitrairement pendant soixante ans par sa famille, dans un asile psychiatrique et qui a réussi à s'échapper. Vous verrez alors que la vieillesse ainsi conçue n'est pas si terrible ! Et vous serez bouleversés par le magnifique testament laissé par Boychuck qui, bien qu'aveugle, était devenu peintre ! Un bijou d'écriture, hors des modes ! 

Jeanine Smolec-Rivais (14/12/2012)

Il pleuvait des oiseaux, de Jocelyne Saucier - Editions XYZ Canada. Prix de la Création artistique du CALQ (2010). Prix des Lecteurs (2012)

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