Genève, une place financière

La journaliste et historienne Joëlle Kuntz s’est intéressée à la place financière qu’est devenue Genève à partir du 18e siècle. Histoire qui a commencé bien avant grâce à la situation géographique de la ville et des foires régulières qui s’y sont déroulées. Par la suite, Genève doit à la France d’être devenue une place financière.

Sous Louis XIV, de nombreux négociants, souvent issus du refuge protestant, se disent « banquiers » et s’engagent financièrement dans la Guerre de successions d’Espagne puis dans celle de la Succession d’Autriche. Ces prêts, comme celui à la reine Marie-Thérèse, rapportent des intérêts de l’ordre des 4 %. Puis sous Louis XVI, se crée une nouvelle forme de rente viagère, basée sur l’espérance de vie des Demoiselles Genevoises, qui sont trente dames des meilleures familles. A cette période, un banquier genevois, Necker, devient le trésorier du royaume.

Dans la période qui suit la Révolution française, Mme Kuntz a pu se pencher sur le journal privé du premier vraiment « banquier » de Genève, Jacques Marie Jean Mirabaud. Il y détaille les activités financières de la ville de 1789 à 1829. On y trouve les jeunes négociants de l’époque dont la plupart des noms sont toujours présents dans ceux des banques privées actuelles. Par la suite, ces établissements récents, vont devoir s’adapter à la présence de filiales de nouvelles banques créées en Suisse, à Zurich en particulier, ou venant de France, avec d’autres systèmes financiers.

Cette histoire se prolonge donc jusqu’à nos jours, avec les vicissitudes qui ont ébranlé ou renforcé la place financière genevoise. Elle doit au génie propre de ses opérateurs d’avoir tourné en avantages les circonstances aléatoires de l’histoire. Une place est spécialement dédiée à la période des fonds juifs en déshérence qui a profondément ébranlé toute la politique financière suisse et genevoise en particulier. Cependant, Genève doit à l’Europe d’être restée forte et à la Suisse de s’être encore adaptée et renforcée. La plus petite des places financières internationales compte parmi les plus anciennes, c’est-à-dire les plus résistantes.

Le manque de sources n’a pas permis à l’historienne une approche systématique de ce développement. Dès lors, le livre, très didactique en soi, se concentre régulièrement sur des détails qui reflètent bien la situation générale et l’évolution. Il se lit, aussi de ce fait, comme un roman historique, dans un style fluide qui retient l’attention à tout moment.

Il met en exergue les à-côtés de l’Histoire, où l’argent a joué et joue toujours un rôle primordial, qu’on le veuille ou non. Ainsi, il peut intéresser les économistes et aussi tous ceux qui s’intéressent au rôle que la place financière a joué et joue encore – actuellement avec les importantes maisons de courtage et de négoce des matières premières – dans l’histoire de la France et de l’Europe en général. Le livre contient aussi une importante bibliographie des sources citées.

Joelle Kuntz est une journaliste de politique internationale rapatriée temporairement dans les affaires suisses ou genevoises. Elle est notamment l’auteure d’une Histoire suisse en un clin d’œil, (Zoé 2006), d’une tentative d’explication de la projection mondiale de Genève, Genève, histoire d’une vocation internationale, (Zoé 2010), d’un essai, La Suisse ou le génie de la dépendance (Zoé 2016), ou, plus récemment, d’un ouvrage sur l’histoire des bâtiments de la Genève internationale, Genève, cent ans d’architecture (Slatkine 2017).  

Genève – une place financière (182 p.), Ed. Slatkine, Genève, 2019   Séverine et Raymond Benoit (20/12/2019)

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