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L'art visuel

 

Interview de Chris Dercon, président de la RMN* – Grand Palais  

Chris Dercon est le président de la RMN – Grand Palais depuis le 1er janvier 2019. Belge, il est historien de l’art, commissaire d’exposition et spécialiste des relations entre art ancien et art contemporain. Il mène une carrière internationale et parle quatre langues couramment. Reconnu dans le monde de l’art, Chris Dercon joue un rôle important dans la direction et le développement de nombreux musées internationaux depuis trente ans. Il nous donne sa vision face à cette crise sans précédent qui impacte les 850 salariés de la RMN-Grand Palais et la programmation des expositions et évènements obligeant à inventer de nouveaux moyens de partage et de diffusion comme avec Pompéi chez vous qui rencontre un large succès.

1 - Comment réagissez-vous face à cette crise sans précédent au niveau de la RMN-Grand Palais, un défi de taille pour un véritable écosystème de l'art ?

 Il y a plusieurs niveaux d’enjeux, ce que j’appelle le macro et le micro économique, soit l’humain tout d’abord car dès qu’un évènement de ce genre perturbe l’ensemble d’un système, il est normal que la priorité soit de protéger tous les salariés de la RMN-GP. Ce qui implique de distribuer du matériel sur site lorsqu’il est maintenu ouvert, gérer le confinement des salariés à domicile et pouvoir répondre à leurs questions pratiques et logistiques. En plus de gérer le calendrier des expositions, en cours et à venir, c’est pourquoi nous nous réunissons deux fois par semaine en ligne, avec les directeurs de chaque département, ce qui n’est pas toujours facile. Car même si l’on déclare volontiers que le télétravail est une solution formidable, en réalité la distanciation nécessaire entre l’espace privé et l’espace public étant gommée, cela entraîne beaucoup de fatigue et de stress chez les collègues. On ne peut pas tout transposer chez soi et la qualité de la communication en souffre au final. C’est comme un jeu de ping-pong d’une personne à l’autre. A la RMN-GP il y a ainsi 850 salariés seuls face à eux-mêmes, exceptées ces formidables équipes en charge de la logistique et de la sécurité qui assurent la permanence au Grand Palais et rue de Bercy, que je tiens à remercier tout particulièrement, ainsi que toutes les équipes en charge de la communication digitale et des ressources humaines extrêmement sollicitées actuellement. J’espère sincèrement que le télétravail ne va perdurer, même si nous devons être réalistes sur l’horizon à prévoir.

2 - Les solutions virtuelles et digitales vous semblent-elles un relai pertinent pour vos expositions et événements associés pendant toute cette période ?

 C’est une aide plus qu’une alternative car ce qui rend une visite d’exposition exceptionnelle c’est d’être seul face à une œuvre au milieu d’autres personnes, l’individu et le collectif, contrairement au théâtre et au cinéma où l’on interagit en collectif. En plus, une exposition s’écoute et se regarde car à chaque fois un commissaire est là pour raconter une histoire par le choix des œuvres, leur mise en scène, les explications fournies, les parti-pris engagés... On voit surgir beaucoup d’alternatives digitales qui ne sont qu’une suite d’images offrant un ressenti très solitaire. Avec Pompéi chez vous nous avons quelque chose de très abouti, ce qui se note dans les retours de fréquentation du site Grand Palais avec 220 000 visiteurs sur la journée, dont 637 000 pages vues avec 172 000 spéciales Pompéi. Les vidéos YouTube tournent à 252 000 vidéos/vues. Nous avons voulu essayer le medium à 360 ° avec réalité augmentée… L’initiative du Ministère de la culture est à saluer également. Le principal est de pouvoir évaluer à présent ce qui fonctionne, qui apporte une vraie plus-value, comme un surplus et non un simulacre. Je le vois dans le monde entier ayant beaucoup échangé avec mes collègues aux Etats-Unis et en Europe, et malgré les réticences de certains, nous sommes obligés tous d’explorer ce medium et ses possibilités, ce qui est positif au final. Les images que l’on voit dans la journée sont vides donc anxiogènes tandis que dans la nuit plus sécurisantes et inspirantes je trouve, ce qui m’amène à changer mes habitudes, loin de tout confinement intellectuel ou psychologique.

 3 - Cette crise pourrait-t-elle avoir des conséquences sur le démarrage de l’ambitieux chantier du futur Grand Palais ?

La crise sanitaire ne remet pas en cause notre calendrier de travaux et le Grand Palais va bien fermer ses portes en janvier 2021. Nous continuons à travailler dans ce sens, même si les chantiers des toitures des Galeries Nord ont dû être suspendus. Nous avons aussi arrêté le chantier concernant les expositions mais dès que le confinement sera levé, il faudra compter entre 10 à 15 jours pour remonter ou démonter l’exposition. Nous sommes aussi confrontés à des problématiques liées à l’évènementiel avec beaucoup de prestataires qui ont du reporter ou annuler, ce qui nous donne une certaine souplesse pour pouvoir reporter certaines de nos expositions comme Pompéi ou Noir et Blanc alors qu’au Musée du Luxembourg il n’est pas envisageable de reprogrammer les expositions de cette période ayant une durée relativement courte. Parmi les autres expositions phares qui vont manquer à Paris à mon sens, Christo au Centre Pompidou, Matisse encore en suspens, Alice Neel. Pour conclure l’année 2020 sera comme un fantôme, elle n’aura pas existé. S’il est impossible de se projeter et c’est une première, nous pouvons en tirer des enseignements, comme à chaque période d’épidémie ou de crise, que ce soit la Peste au XVème siècle et alors que tout le monde relit Albert Camus, qui a donné la naissance à un état plus moderne, suivie de la grippe espagnole au début du XXème siècle, favorisant des progrès en matière d’hygiène et de santé publique. Les crises ont toujours abouti à des phénomènes positifs même si je souhaite que cela ne se fasse pas au détriment de beaucoup de gens comme en 2008. Nous sommes capables de démontrer une vraie solidarité que ce soit à Paris, en France et en Europe et j’espère que c’est cela qui va ressortir.

 4 - Quel impact peut avoir selon vous un tel séisme sur le monde de l’art quand on sait par exemple que plusieurs milliers de musées américains sont menacés de fermeture ? et restez-vous malgré tout positif ?

La culture heureusement est une fonction publique en Europe. Si Klaus Biesenbach a dû licencier la moitié de son personnel au MOCA et que Max Hollein au Metropolitan Museum rencontre de réelles difficultés, cela indique que nous avons une autre manière de gouverner nos musées. De même en matière d’aide gouvernementale européenne, il est difficile de comparer la France et l’Allemagne par exemple. En France, nous avons beaucoup d’aide directe et indirecte par le biais des intermittents. C’est un autre système, même si l’aide promise par Monika Grütters à Berlin est quand même bien supérieure à la nôtre ! Il est certain que les sommes consacrées à la culture en Allemagne ont toujours été plus importantes et ce depuis la 2ème guerre mondiale.

5 - Pensez-vous qu'en matière de conscience écologique cette crise soit une alerte et entraîne des changements durables dans nos habitudes et comportements face à l’art ?

Je l’observe déjà au niveau des artistes qui retrouvent le chemin de leur studio, leur chambre, leur atelier, et non dans une recherche spectaculaire mais une pratique d’écriture et d’archive quotidienne. Loin de toute pression des galeries, des collectionneurs ou du marché. Il n’y a plus de « waiting list » du moins dans l’immédiat. De nouveau, les artistes peuvent travailler pour eux-mêmes et je suis sûr que cela va avoir un impact notamment sur la manière dont nous allons concevoir les expositions et inventer des instruments digitaux plus créatifs et pertinents que de la simple publicité. Nous allons devoir aussi formuler des thématiques nouvelles et qui ont du sens. Beaucoup de changements en perspective !

Interview par Marie de La Fresnay (publiée le 10/4/2020)

Pompéi chez vous YouTube :   https://www.grandpalais.fr/
* RMN : Réunion des Musées Nationaux


Théâtre


Cinéma

It must be heaven

Dans ce long métrage plein d’humour et de poésie, le réalisateur et scénariste Elia Suleiman enchaîne des rencontres drolatiques dans des rues presque désertes, dans un coin tranquille de Palestine, puis à Paris, à New York et de retour en Palestine.  Muet, notre faux naïf observe notre monde, sans ciller derrière ses lunettes et sous son chapeau. Ses spectateurs peuvent sourire ou rire de tout ou presque, à contre temps parfois : religieux orthodoxes, voisins abusifs, clochard chouchouté par deux secouristes, policiers, militaires, beaux mannequins et touristes parisiens, Américains surarmés puis déguisés pour Halloween, professeur et producteur de cinéma (Suleiman fut chargé de créer un département cinéma et media à l’université de Birzeit à Jerusalem)…

Cette comédie de l’absurde peut faire penser à Buster Keaton ou à Jacques Tati, voire un peu à Woody Allen, mais dans un style plus épuré, moins verbeux, moins commercial. Elle a reçu une mention spéciale du jury à Cannes.

Ce film de 1H42 s’achève par une dédicace à la Palestine. Il est financé par la France (où réside Suleiman aujourd’hui), par le Qatar, l’Allemagne, le Canada, la Turquie et par la Palestine.  

« Si dans mes précédents films, la Palestine pouvait s’apparenter à un microcosme du monde, mon nouveau film tente de présenter le monde comme un microcosme de la Palestine », explique l’auteur, né à Nazareth en 1960. Sur le grand écran, le personnage Elia Suleiman interroge un tireur de tarot américain : « la Palestine finira-t-elle par exister ? » (NDLR : en tant qu’Etat reconnu). Réponse du cartomancien : « Elle existera, elle existera. Mais ni de mon vivant ni du vôtre ». 

Marie-France Maniglier  (10/12/2019)


Musique

« L’expodcast » du Château de Versailles

En première mondiale, l’hologramme d’un virtuose enregistré de son vivant

Compte-tenu de la situation sanitaire, le Château de Versailles via le Centre de musique baroque de Versailles, propose une nouvelle expérience visuelle et sonore en six épisodes :
- Une page web par épisode avec un lecteur pour écouter et parcourir en même temps
- Des archives, des citations, des anecdotes, des interviews, des chiffres clés, de l’iconographie
- Des pastilles audios
- Une playlist de près de 50 pistes musicales pour accompagner l’exposition
 - Des « En savoir plus » aux formes multiples pour approfondir un sujet
- Un quiz pour tester ses connaissances
- Des entretiens écrits et vidéo avec des spécialistes
- Etc.

Le premier épisode : Musique et musiciens à la chapelle royale.

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Thierry Vagne - 21/11/2020


 

 

Photo : DR

En première mondiale, l’hologramme d’un virtuose enregistré de son vivant

Philippe Entremont, 85 ans, est un virtuose français qui a donné 7 000 concerts et réalisé 350 enregistrements. Sa carrière internationale lui a permis de jouer et d’enregistrer avec des chefs aussi illustres que Leonard Bernstein ou Eugene Ormandy, puis de se produire de par le monde aussi bien en tant que pianiste que chef d’orchestre. Il vient de réaliser un enregistrement de son hologramme qui permettra de le voir donner un récital comme s’il était physiquement présent. Des spectacles d’hologramme d’artistes disparus existent déjà, avec des artistes de variétés ou Maria Callas par exemple. Mais jamais l’expérience n’a été réalisée en enregistrant directement un artiste de son vivant via ce procédé.
Au programme : la Fantaisie chromatique et fugue de Bach, la sonate K. 311 de Mozart, la sonate Clair de lune de Beethoven et Pour le piano de Debussy. Ce programme devrait être diffusé dans des salles prestigieuses début 2020. On pourra probablement dans l’avenir visualiser cet hologramme chez soi, avec des lunettes de réalité augmentée.
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Thierry Vagne - 06/12/2019

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