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L'art visuel

Le Greco, l’expo évènement

Le Grand Palais avec Toulouse Lautrec et Le Greco mise sur deux succès assurés même si la bonne surprise vient plutôt du Greco grâce à des parti pris scénographiques à la hauteur de sa modernité. Organisée par la Réunion des Musées Nationaux, le Louvre et l’Art Institute de Chicago où elle voyagera ensuite sous le commissariat brillant de Guillaume Kientz, l’exposition rassemble 75 œuvres venant beaucoup des musées américains et moins d’Espagne qui ne s’est pas séparée de son icone l’Enterrement du comte d’Orgaz ou des toiles du musée du Prado. Des manques qui sont compensés dans cet espace réduit par la pertinence de l’accrochage sur un fond neutre et blanc qui met en valeur les coloris absolument fantastiques du maître dans un cheminement subtil et puissant.  
Un étranger en Italie
Né en Crête vers 1541, Doménikos Theotokopoulos, dit Le Greco formé à l’art des icônes, s’installe à Venise en 1567 où il découvre Titien, son modèle et Véronèse abandonnant alors les fonds d’or des icônes au profit des coloris vénitiens. Il part tenter sa chance à Rome et d’une grande arrogance déclare qu’il se plairait à reformuler et corriger l’art de Michel Ange ! Il est alors chassé du palais Farnèse. Itinéraire étonnant. Au fil des capitales traversées il n’a de cesse de se réinventer, à la recherche d’une solution toujours plus inventive. La galerie des portraits montre qu’au contact de ces brillants personnages, il sait trouver mécènes et commanditaires. Il a le don de sonder leur caractère psychologique comme dans le fameux Portrait du cardinal Nino de Guevara qui a tant inspiré les peintres du XXème, Picasso en tête, Manet Bacon. C’est en Espagne à Tolède, la cité rivale de Madrid alors toute puissante, qu’il trouvera enfin son port d’attache soutenu par le roi Philippe II qui lui passe ses premières commandes importantes. Il se dote alors d’un atelier face à la demande croissante de nombreuses familles puissantes de Tolède en quête de dévotion. Comme le résume le commissaire « Le Greco arrive à un moment clé de l’histoire de l’art, une crise de l’image. Il se donne alors pour mission de réinventer la peinture religieuse. »
Charnel et mystique
Hérétique ou mystique ? Fou le Greco ? Sa palette d’une grande audace comme cela transparait dans la monumentale L’Assomption de la Vierge, le chef d’œuvre de l’exposition tout juste restaurée, l’étirement des formes, des corps, l’orage des ciels, les songes et les extases, l’agitation des drapés, la fureur des architectures, tout concourt à l’extravagance quand ce n’est pas de la dissonance. Et avec quelle maîtrise ! « Il va pousser à son extrême les limites de la représentation, du cadre. Il prépare sans y penser les grandes ruptures des avant-gardes » résume Guillaume Kientz. Sa Marie-Madeleine pénitente et ses Vierges n’ont rien de repentantes, lançant des regards d’une grande douceur et sensualité. Et la sérialité développée autour du « Christ chassant les marchands du temple » comme cela est habilement démontré à la fin du parcours, où il finit par se citer introduit bien d’autres postures reprises par un Cézanne par exemple. Irrévérent il est mais sa fougue et son génie plein d’incohérences formelles dépassent tout. C’est un choc qui attend le spectateur. Greco dessinateur, Greco architecte complètent l’étendue de son talent avant que son fils ne prenne le relais. Marie de La Fresnaye   Infos pratiques : LE GRECO  Grand Palais, Paris.  Réservation conseillée Jusqu’au 10 février 2020

Marie de La Fresnay (26/11/2019)

Jusqu'au 10 février 2020
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Boltanski, Centre Pompidou : Une vie en mémoire

« Mon activité depuis le début est forcément un ratage annoncé car j’ai essayé de lutter contre l’oubli et la disparition, ce qui évidemment est vain. Dès que vous essayez de protéger quelque chose vous le tuez. »
Christian Boltanski
L’exposition Faire son temps est conçue par Christian Boltanski comme une œuvre d’art totale avec la complicité du directeur du Centre Pompidou, Bernard Blistène sur les 2000 m² du 6ème étage du musée à partir de 40 œuvres monumentales.  Annoncée par des panneaux d’ampoules lumineuses « Départ / Arrivée » qui renvoient à un hall d’aéroport ou de gare de transit pendant la guerre, nettement plus anxiogène, cette mémoire mise en boîte tantôt sombre ou lumineuse est comme un cœur qui bat, dont les pulsions subtiles et tenaces nous envahissent soudainement.
Christian-Liberté de son vrai prénom né en septembre 1944 la veille de la libération, a passé son enfance et adolescence reclus dans la peur de l’appartement familial rempli d’amis de ses parents rescapés de la Shoah. Il développe dans ce climat d’inquiétude constante une sorte d’autisme. Non scolarisé il commence à pratiquer la pâte à modeler et le dessin encouragé par son frère.  Une activité débordante et brute qu’il détruira ensuite pour se tourner vers la photographie, la vidéo ou l’installation, dans une approche plurielle captant les empreintes, les traces des morts et toujours des anonymes.  L’artiste affectionne le noir et blanc qui permet une certaine distance et renvoie au passé, loin de la normalité de la couleur.
L’indicible, l’impalpable se niche dans ses petits rebus du quotidien qu’il collecte comme de vieux manteaux (Monumenta Grand Palais), draps ou voiles (les Véroniques), miroirs, valises, lampes ou ampoules (Crépuscule), sons enregistrés (cœurs de Teshima ou cloches du désert d’Atacama) comme pour les dernières œuvres. A la quête de l’image manquante pourrait-on dire, selon le concept développé par Georges Didi-Huberman à partir de l’innommable des camps. Des monuments faits dans des éléments dérisoires comme avec « les Suisses morts » et ces simples boîtes de métal à partir de ces nécrologies qui le fascinent comme il l’explique non sans malice.
Une déambulation sans aucun cartel pour favoriser une plongée sans filtre particulièrement sensible quoique déroutante au début pour le visiteur qui n’a pas repère autre que ses sens en éveil. Le fantôme et l’aura des autres et de l’œuvre du plasticien, se dissolvent dans ces réseaux de fils qui traversent le parcours.  A chacun de les saisir et de les démêler.
Qu’est-ce que la vie de quelqu’un ? Si ce n’est un tiret entre deux dates, comme au cimetière, déclare-t-il à partir de l’œuvre emblématique de la Date de naissance et de mort de sa mère. Peut-on faire revivre les morts ? Est-ce que l’on peut préserver la mémoire d’une vie ? De multiples questions mais jamais de réponses.
L’art, une thérapie
Comme il explique, chaque artiste part d’un trauma originel qu’il n’a de cesse de convoquer et de transcender mais sans jamais avoir recours à une image directe de la Shoah il suggère, lance des pistes.  Il s’agit ainsi de prendre une distance avec son malheur, l’apprivoiser, en faire quelque chose.« La destruction et l’usure font partie intégrante de la vie ». L’Essai de reconstitution (titre d’une œuvre de 1970) de la mémoire devient alors obsessionnel chez lui.
Agnostique, Boltanski devient deus ex machina comme avec l’horloge parlante sous la cathédrale de Strasbourg. « Dieu est le seul maitre du temps. Nous ne pouvons pas lutter en tant qu’être humain ».
Une portée universelle
« Il y a beaucoup de monde chez moi dans ma tête et en même temps chacun de nous est unique  et prodigieux » Biographique son œuvre comme avec La mort du grand-père, Entretemps ou l’album photo de famille de 1939 mais dans une dimension et visée plus large. « La grande question que je me suis posée est l’importance de chacun et sa fragilité, la trace ou l’absence de trace que chacun laisse » résume-t-il.
Ce qui le déroute est ce contraste entre le merveilleux de l’existence de chaque être et la fin si brutale attendue. «  Après 60 ans tout être devrait avoir son propre musée ! » revendique -t-il.
L’humour
L’artiste a vendu sa vie en viager à David Walsh collectionneur d’art en Tasmanie, mathématicien surdoué. Des caméras de surveillance filment en continu 24h sur 24 son atelier jusqu’à sa mort. « Il a acheté ma mémoire » résume-t-il dans une sorte de dérision puisque les bobines des s’entassent déjà dans un bunker depuis plusieurs années maintenant.
Un pari ultime tendu au destin et à la vie !

Marie de La Fresnaye (26/11/2019)
Jusqu'au 16 mars 2020
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Ombres, de la Renaissance à nos jours

Après le succès de l’exposition Fenêtres, de la Renaissance à nos jours. Dürer, Monet, Magritte… en 2013, la Fondation de l’Hermitage de Lausanne poursuit son exploration des grands thèmes de l’iconographie occidentale, et propose au public de découvrir les multiples facettes artistiques de l’ombre.

L’exposition particulièrement originale offre un parcours à travers 500 ans d’histoire de l’art et convoque des formes artistiques très variées, allant de la peinture à l’installation, en passant par la sculpture, l’estampe, le dessin, le découpage, la photographie ou encore la vidéo.

Comme la fenêtre, métaphore du tableau depuis la Renaissance, l’ombre occupe une place symbolique centrale dans notre culture visuelle. En effet, depuis l’Antiquité, il se raconte que l’ombre est au cœur de l’invention de la peinture, du dessin et même du modelage en bas-relief. Au-delà des grands mythes élaborés autour de l’ombre, nous faisons tous quotidiennement l’expérience de l’ombre projetée, et ce phénomène nous intéresse dès l’enfance, les jeux d’ombres faisant certainement partie des divertissements les plus anciens. C’est avec Rembrandt que ces éléments caractéristiques se mettent en place, jusqu’à créer une véritable typologie. Il est en effet le premier artiste à avoir réalisé un très grand nombre d’autoportraits – près d’une centaine en quatre décennies –, et son influence sur le genre est immense.

Dans les œuvres de cette époque, relevons particulièrement l’Autoportrait à la bougie de Godfried Schalken (1643-1706) qui étudie particulièrement les jeux d’ombre et de lumière sur le visage mais aussi sur tout l’entourage. D’autres artistes confèrent aussi l’intensité de l’apparition par ces mécanismes, comme Jan Lievens, John Opie ou Fantin-Latour. Puis, dans son magistral portrait de jeunesse, Eugène Delacroix surgit de l’ombre comme halluciné, mais vivante incarnation du génie artistique.

Les sens de l’Ombre

Ainsi, au moment de la Renaissance, l’ombre est au cœur d’une grande révolution que provoqua la carrière éclatante du Caravage. De son œuvre va naître un mouvement caravagesque, appelé aussi ténébrisme, se distinguant par « la lumière très claire et l’ombre très sombre qui donnent du relief à la peinture » comme le signale Giulio Mancini en 1617 déjà. Le joueur de Théorbe d’Antiveduto Gramatica utilise de façon raffinée l’ombre portée d’une main pour donner forme au son de l’instrument.

Une salle s’intéresse particulièrement à l’ombre de la création du monde, mythe cosmogonique judéo-chrétien, puisque le premier jour est, selon le livre de la Genèse, celui de la séparation de la lumière d’avec les ténèbres (Genèse, 1,4). L’ombre joue aussi un rôle primordial dans l’allégorie de la caverne de Platon qui est évocation de l’accès à la connaissance : les ombres projetées dans la caverne, lieu naturel de l’ignorance, ne sont que des illusions, l’apparence trompeuse de la réalité (La République, VII, 514-515).

Fondamentalement, l’ombre est un élément indispensable de l’identité d’un sujet, comme si ce dédoublement, plus ou moins important selon les circonstances, garantissait la nature même de l’humain. Plusieurs contes fantastiques soulignent l’improbabilité de l’absence de l’ombre, comme le celui de Peter Schlemmil, qui a vendu son ombre au diable en échange de la fortune, dans la nouvelle d’Adalbert von Chamisso, de la « Femme sans ombre » d’Hugo von Hofmannsthal, ombre qui est ici aussi symbole de fécondité, sans oublier le clin d’œil à Lucky Luke qui tire plus vite que son ombre !

L’exposition présente aussi une série d’œuvres de la période romantique où la nuit devient sujet. Les artistes essaient de reproduire le passage de la Terre dans son ombre et des nuits profondes. Les « nuits » sont aussi souvent des scènes d’intérieur éclairées à la lumière artificielle (lanterne ou bougie). Que ce soit l’ombre porté d’une main, d’un visage ou d’un lampadaire, la projection des ombres vient animer et dynamiser les compositions vers des détails inattendus. Puis, vers la fin du 19e siècle, l’ombre passe à des gammes de gris puis à des bruns, mais avec des couleurs franches et éclatantes. L’ombre va être de plus en plus un choix artistique qui va inspirer non seulement les peintres mais aussi les photographes et les graphistes.

L’exposition se visite en 16 salles aux thèmes chaque fois différents, plus ou moins dans l’ordre chronologique de l’évolution de l’ombre dans les œuvres artistiques. Elle rassemble environ 140 œuvres distinctes, provenant de musée du monde entier et de collections particulières. Elle est intéressante non seulement pour les amateurs d’art mais aussi, à notre avis, à tous ceux que l’histoire de l’art et de ses techniques intéressent. Séverine et Raymond Benoit (03/7/2019)

Ombres, de la Renaissance à nos jours
Fondation de l’Hermitage, Lausanne
Du 28 juin au 27 octobre 2019
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Théâtre

 

Guérisseur

Très connu dans les pays de langue anglaise, Brian Friel l'est moins en France. Heureusement, depuis une vingtaine d'années, Alain Delahaye a entrepris de traduire toute l'œuvre abondante du dramaturge irlandais décédé il y a trois ans et il en a déjà traduit un bon nombre. Faith Healer (Guérisseur) en fait partie.
La pièce est actuellement jouée au Lucernaire jusqu'au 14 avril. Trois personnages racontent tour à tour leur histoire commune, celle de la tournée en Grande Bretagne du guérisseur accompagné de son épouse et de son impresario. Tournée hasardeuse dans une vieille camionnette qui les conduit d'un village miteux à un autre encore pire, devant une assistance parfois rare et souvent primitive. Les épisodes cocasses ou dramatiques du voyage sont vus par les trois protagonistes sous des angles différents. Le spectateur, dont l'attention ne se relâche pas une seconde (on entendrait une mouche voler dans la salle) est en plein suspense, complètement accroché aux lèvres des acteurs, mais chacun des trois personnages a sa vérité. Les voyageurs reviennent enfin en Irlande, dans ce village de Ballybeg déjà évoqué dans d'autres pièces de Brian Friel. Je ne dévoilerai pas la fin très subtilement suggérée.
e jeu des trois acteurs tout en nuances ne peut qu'être loué et contribue à faire de cette pièce un spectacle de qualité.

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Marie-José Sélaudoux (14/02/2018)

« Les Reines » de Normand Chaurette

Les fans de Shakespeare et les amateurs de théâtre contemporain peuvent se laisser surprendre par « Les Reines », une tragédie francophone du Canadien Normand Chaurette mise en scène par Elisabeth Chailloux. Créé et présenté à la Manufacture des œillets, à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), du 12 au 29 janvier 2018, ce spectacle de six comédiennes chevronnées doit ensuite partir en tournée, en particulier à Colmar.
A Londres, le 20 janvier 1483, six femmes se croisent dans un château sombre, où elles s’apostrophent dans une langue riche et poétique. Elles sont sœurs, épouses ou mère de roi. L’une d’elles, qui aimait trop son frère, déambule comme un ange en patins à roulettes. Le roi Edouard agonise ; les enfants d’Elisabeth sont menacés, sur fond de guerre des Deux Roses. De cette guerre s’est inspiré Shakespeare pour écrire « Richard III » et « Henri VI ». Ces personnages de Shakespeare sont réincarnés par Chaurette : Anne Dexter (interprétée par Bénédicte Choisnet), la duchesse d’York (Sophie Daull), les sœurs Isabelle Warwick (Pauline Huruguen) et Anne Warwick (Marion Lenfant), la reine Elisabeth (Anne le Guernec), la reine Marguerite (Laurence Roy).
Normand Chaurette, né en 1954 à Montréal, explique : « je tenais à écrire une pièce sur la métaphore, sur la langue, sur le flamboiement, sur le décadent ». La question du pouvoir n’est pas fondamentale pour ces rôles, assure le dramaturge, qui pense l’acteur comme un instrument de musique : « les mots sont pour moi des rondes, des blanches, des noires et des croches, la voix des acteurs des timbres ».  

L’ancienne manufacture des œillets, centenaire, a été rachetée par la ville d’Ivry en 2009 et Inscrite à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques. On y fabriquait des œillets, des anneaux métalliques permettant de consolider les trous pratiqués dans du tissu ou dans du cuir pour y glisser des lacets. Aujourd’hui, elle abrite le théâtre des quartiers d’Ivry (centre dramatique national du Val-de-Marne), avec ses activités de création et de production, de formation professionnelle et amateur (l’Atelier Théâtral), de rencontre avec des artistes et des compagnies venues d’ailleurs (Théâtre des Quartiers du Monde). Des plasticiens contemporains y sont également présentés dans un des bâtiments avec le CREDAC.

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Marie-France Blumereau-Maniglier (15/01/2018)

 


Musique

 

Les 40 ans de l’Orchestre de chambre de Paris

L’orchestre de chambre de Paris fête ses 40 ans. Ses activités allient qualité musicale et projets pédagogiques. Il se produit principalement au Théâtre des Champs-Elysées, mais aussi à la Philharmonie.

La saison 2018-2019 présente de nombreux points forts, comme des concertos par François-Frédéric Guy dans la série « jouer diriger », les artistes Emmanuel Pahud, Alisa Weilerstein, François Leleu, une participation à un week-end « Syrie » de la Philharmonie, du chant, des opéras, les concerts de musique de chambre, etc. 

Toute la saison

Thierry Vagne - 08/4/2018

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