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L'art visuel

Les Renoir, entre filiation et héritage

Si Jean Renoir est considéré comme le père spirituel de la Nouvelle Vague, François Truffaut vouant un véritable culte à la "Grande Illusion", personne n'avait traité ses liens formels et artistiques avec son père Auguste, dans une exposition. C'est chose faite grâce au musée d'Orsay qui propose cet éclairage passionnant peinture/cinéma.

A la fois les lieux partagés, Paris (Montmartre) et Cagnes mais aussi la muse, Andrée Heuschling future Catherine que Jean épouse en 1920 qui deviendra une actrice reconnue de l'avant-garde et surtout la thématique de l'eau comme métaphore de la création en mouvement. L'ondine magnétique de La Fille de l'eau (1925) se superpose ainsi à cette nature offerte et chatoyante d'une Partie de Campagne (1936) tournée sur les bords du Loing près de la maison de Marlotte. Si les canotiers rappellent l'impressionnisme de son père, la comparaison ne va pas au delà, Jean multipliant les innovations techniques et s'affranchissant de la leçon picturale de son père. D'ailleurs Jean comme beaucoup d'autres "fils de" aura passé sa vie à se forger un prénom n'hésitant pas à vendre la totalité des œuvres de son père à sa mort pour financer ses premiers films. Sacrilège vite compensé à partir de son installation aux Etats Unis en 1940 quand il rachète peu à peu tableaux et sculptures d'Auguste pour orner sa villa de Beverly Hills. Car et c'est un autre paradoxe soulevé par cette exposition, la renommée de Jean ne viendra pas de la France mais des Etats Unis. A son retour à Paris, "French Cancan" (1955) signe son triomphe. Hommage à Jules Cheret et Toulouse Lautrec (nombreuses affiches exposées), "French Cancan" valorise le savoir faire collectif du spectacle comme allégorie de la création cinématographique. De plus "Le Moulin de la Galette ressurgit comme par enchantement.

Dès lors de cette ambivalence face à la silhouette omniprésente du paternel, Jean va en faire un moteur en reconnaissant ce qu'il lui doit, de ses débuts en céramique à la reprise de grands chefs d'œuvre de la littérature (Zola, Flaubert, Guy de Maupassant..) jusqu'à sa biographie qui l'occupera pendant de longues années parue en 1962 sous le titre bilingue Pierre-Auguste Renoir, mon père. A noter que la Cinémathèque Française propose conjointement une rétrospective intégrale Jean Renoir.

Jusqu'au 27 janvier 2019
Galerie Françoise Cachin
Catalogue aux éditions Flammarion/Orsay
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Marie de La Fresnay (07/10/2018)


 

Guggenheim - Bilbao -  Chagall - Les années décisives, 1911-1919

Cette exposition éclaire les sources de l'iconographie du peintre Marc Chagall. Elle montre, en trois sections, comment les traditions de sa communauté juive natale, de son premier séjour à Paris, et des événements politiques de cette période ont influencé son œuvre.

Marc Chagall, né en 1887, est l'aîné d'une nombreuse famille juive hassidique de la petite ville russe de Vitebsk. Il grandit dans un environnement hostile qui restreint les droits des Juifs et les confine dans des ghettos. La vie s'écoule au rythme des travaux des champs, des prières à la synagogue, et des rassemblements familiaux autour du poêle. L'enfant étudie d'abord à l'école primaire juive. Mais sa mère, épicière d'un caractère déterminé, réussit à l'inscrire en sus du quota d'élèves juifs à l'école russe, "en soudoyant le professeur", dit son biographe Franz Meyer. Cette institution lui donne une ouverture sur le monde que son père, employé d'un dépôt de harengs, ne parlant que le yiddish, ne pouvait lui offrir. Il prend des leçons de violon, de chant et de dessin avec le peintre Iouri Pen. En 1907 il obtient l'autorisation de résider à Saint-Pétersbourg où il fréquente l'école Zsanseva puis l'atelier de Léon Bask. Ce dernier, rédacteur de la revue Le Monde de l'Art, diffuse les innovations artistiques auprès de l'Intelligentsia russe. Chagall tombe amoureux ; il se fiance à la fille de riches joailliers de Vitebsk, Bertha Rosenberg, surnommée "Bella". Elle sera sa muse et sa protectrice jusqu'à sa mort en 1944.

En août 1910, le député à la Douma Max Moïsseïvitch Vinaver lui alloue une modeste bourse de cent vingt-cinq francs par mois, qui lui permet de réaliser son rêve de s'installer à Paris. Il loue un atelier à Montparnasse puis à la Ruche où il vit très frugalement. Il travaille intensément la nuit à la lumière d'une lampe à pétrole, et se lie d'amitié avec Sonia et Robert Delaunay, Blaise Cendrars, Roger Canudo, Guillaume Apollinaire qui le présente à Picasso et au marchand d'art Walden. Le peintre découvre le Fauvisme, le Cubisme et l'Orphisme.

A ses débuts, des dessins croqués sur le vif, au crayon, à l'aquarelle, la gouache, la sépia et l'encre représentent sa famille et la vie à Vitebsk avec ses nombreux petits métiers : Autoportrait (1911) ; Le peintre et sa famille ; Mon père à la tasse de thé ; Le balayeur et le porteur d'eau ; Homme et bœuf ; Scènes de village ; Hiver ; Le coiffeur - Oncle Sussy ; Prière dans la nuit.

Il peint des huiles à la composition savante et très subtilement colorées : Le marchand de bestiaux (1912) représente un souvenir vivace du peintre enfant, joyeux et fier quand son oncle Noé l'emmenait au marché. Dans une charrette, est attelée une chèvre bleue, pattes repliées. La carriole aux roues bosselées d'un jaune vif se détache sur un fond de triangles juxtaposés, de tons bleu dégradés. Au premier plan, au bord de la toile, apparaissent les visages d'un homme et d'une femme qui discutent. Le marchand, fouet en mains, guide la jument gravide. Son épouse, marche derrière lui, un petit animal sur les épaules. La forme de chaque figure est traitée géométriquement en tons rose et lilas, à la manière cubiste. La chèvre et les personnages regardent vers la gauche dans le sens opposé à la marche du cheval, créant une impression de mouvement.

Marc Chagall ne cessera de peindre Bella tout au long de sa vie. Ici sont exposées ses premières études : Ma fiancée aux gants jaunes, Bella à la fenêtre, Bella sur le pont. Dans le portrait Ma fiancée aux gants noirs (1909), Bella apparaît sous la forme d'une longue silhouette mince et gracieuse, les mains à la taille, détournant la tête, le port fier. Le fond sombre, la robe blanche ajustée, les gants noirs, les tons mauves du béret repris dans le pendentif rappellent les portraits espagnols. Ce portrait exprime à la fois le charme particulier, pensif et mystérieux mais aussi le caractère affirmé du modèle.

Chagall épouse Bella le 25 juillet 1915. Les deux années qui suivent son mariage, il peint la félicité des jeunes mariés dans une série de petits formats Dédiés à ma femme. Le tableau exposé montre les visages jumeaux des amoureux, la tête inclinée l'un vers l'autre dans un mouvement harmonieux que soulignent leurs visages qui se touchent, sur un fond bleu très lumineux. Ce thème sera repris ensuite par le peintre dans nombreuses toiles. "Bella s'est véritablement fondue dans mon univers qu'elle avait inspiré et gouverné… cela est perceptible à travers les diverses périodes de mon travail", écrit le peintre à Catton Rich directeur de l'Institut d'Art de Chicago.

L'Anniversaire (1916) a pour thème la visite de Bella à son fiancé le jour de son anniversaire. Chagall peint sa chambre-atelier. Un gros bouquet de fleurs illumine la pièce décorée de châles brodés. A l'arrière-plan la fenêtre ouvre sur l'église Illitch de Vitbesk. Le peintre se représente, le corps étiré de tout son long, flottant avec souplesse en apesanteur dans l'espace. La tête renversée il murmure à l'oreille de son amoureuse qu'il entraîne vers lui. Les couleurs intenses vermillon du sol, vert sombre de la blouse, gris bleu du mur, indigo et bleu de Prusse des figures, forment une harmonie mouvementée puissante. A nos yeux Chagall dans tous les portraits de Bella exprime un sentiment quasi-religieux, comme venu d'ailleurs ; un amour spirituel qui dépasse l'attirance charnelle.

La toile Paris à travers ma fenêtre (1913) montre un petit personnage rêveur, Janus à double face, devant une grande fenêtre en biais qui occupe toute la partie gauche de la toile. Elle s'ouvre sur une ville irréelle composée d'une ligne de maisons hautes avec en point de mire au centre de la toile une esquisse de la tour Eiffel illuminée. Dans le ciel, un train roule à l'envers, projetant sa fumée vers le bas. Un couple enlacé flotte à l'horizontale. S'agit-il d'une allégorie du peintre lui-même placé devant son présent et se remémorant son passé ?

Dans La calèche volante (1913), une télègue attelée à une chèvre s'envole entraînant vers le ciel son conducteur devant une rangée d'isbas vivement colorées. Les tonalités contrastées de rouge, jaune et bleu du tableau évoquent celles des peintures naïves populaires russes.

Chagall rend hommage à ses amis dans Hommage à Apollinaire (1913). L'oeuvre de grand format évoque l'origine du couple, thème central du peintre, issu du récit biblique de la création où la femme est extraite du flanc de l'homme. Un hermaphrodite doré occupe son centre. Son tronc se scinde à hauteur du torse pour former deux personnages distincts, Adam et Eve, raides comme les aiguilles d'une horloge. Le dessin préparatoire exposé montre que le centre du personnage inscrit dans un rectangle coïncide avec le point d'intersection des diagonales, rappelant le canon médiéval de la figure humaine dessiné par Villard de Honneur. Une spirale divisée en quatre parties part du centre et se termine dans un cercle extérieur. Dans la version à l'huile, la spirale s'efface au profit du cercle extérieur redoublé pour former anneau. D'autres formes géométriques dérivées des lignes diagonales horizontales et verticales articulent une grande roue. Dans la partie supérieure apparaissent quatre chiffres 9, 0, 1, 1, évocateurs du cadran de l'horloge. La figure se détache sur un fond argenté colorié vers le haut avec une prédominance des rouges à gauche, des verts à droite et des bleus autour du cercle. "Du rythme des formes et du rayonnement des couleurs... naît une rose de lumière : merveille radieuse, énigme délicate" commente Franz Meyer qui donne une interprétation symbolique de la toile qu'il considère comme l'une des oeuvres les plus belles et mystérieuses du peintre. "Avec la chute et la séparation des sexes, a commencé le Temps qui s'écoule d'Eternité en Eternité. L'Homme, à la fois un et deux, est l'aiguille géante de cette horloge universelle... le cercle correspond à la Totalité et peut devenir, à d'autres niveaux, l'image de l'unité de l'esprit et de l'âme, du conscient et de l'inconscient, de l'enracinement et de l'activité...le mystère des sexes -unité et dualité- devient la métaphore de toute réalité". Chagall dédicace l'oeuvre à Apollinaire, Cendrars, Canudo, Walden, dont les noms sont inscrits en carré dans la partie inférieure gauche du tableau, autour d'un coeur traversé d'une flèche et signe sa toile en caractères romains et hébreux.

En juillet 1914 le peintre revient en Russie pour assister au mariage de sa soeur. Le déclenchement de la Première Guerre mondiale puis de la Révolution russe l'obligeront à y rester pendant huit ans. Dans les mois qui suivent son retour à Vitebsk, Chagall peint les gens qu'il croise régulièrement dans la boutique ou la cuisine de sa mère accueillante aux vagabonds et marginaux. "Parfois", raconte Chagall, "se tenait devant moi une figure si tragique et si vieille qu'elle avait plutôt l'air d'un ange. Mais je ne pouvais pas tenir plus d'une demi-heure... Elle puait trop". Chaque figure est constituée de formes rondes, de zigzags, de lignes nettes, d'éléments géométriques, et définie par une couleur flamboyante, irréaliste. Elle exprime l'accablement et la résignation du personnage mais aussi une certaine sagesse et un fort instinct de survie. Ainsi le Juif en vert, est-il le portrait d'un prêcheur mendiant de Slouzk, à la barbe d'or sombre, assis en méditation sur un banc où est gravé, en caractères hébraïques le passage où YAHWE annonce à Abraham qu'il appartient au peuple élu. Le Juif en rouge, à l'habit élimé et au visage ridé et malicieux fait face au spectateur sur un fond d'isbas superposées rouge et or. Le Juif en noir et blanc également connu sous le titre Le Juif en prière ou le Rabbin de Vitebsk est le tableau le plus religieux de la série. Le personnage peint en noir et blanc porte sur les épaules le talith du père de Chagall peint en larges traits noirs, des phylactères aux bras et le tephillin au front. Dans un texte nationaliste de 1916 titré Voies de la peinture juive, Boris Aronson et Issachar Ryback considèrent cette oeuvre "comme la clé de voûte d'un renouveau de l'art juif… qui mérite une place de choix dans un musée d'art judaïque".

Parmi les œuvres à sujet juif qui se rattachent au groupe des vieillards, Jour de fête encore appelé Le rabbin au citron vert, (1914) occupe une place particulière. Sur un fond clair, un homme se tient devant les marches d'accès à la porte d'une synagogue. Il porte les attributs symboliques de la fête des Tabernacles, tenant un cédrat dans la main droite, une palme dans la gauche. Mais la représentation de la réplique du personnage en miniature sur le châle de prière qui couvre sa tête apporte une note insolite.

Chagall échappe à l'envoi au front grâce à son beau-frère qui lui procure un travail dans l'un des bureaux d'Economie de guerre qu'il dirige à Petrograd. De cette période sombre, sont exposés des dessins : par exemple Le Soldat blessé à l'impressionnante face noire grimaçante, tracée à l'encre de Chine, ne laissant que quelques zones blanches pour le pansement, les orbites dont l'une est vide et les dents

Le Marchand de journaux est le portrait d'un homme barbu à l'air triste qui, sous un ciel écarlate, s'avance sur une route obscure pour vendre les terribles nouvelles du jour. Les formes géométriques de la pile de journaux se chevauchent et les caractères d'imprimerie sont irréguliers, à la manière cubiste.

Le Soldat boit : La toile peinte dans une tonalité sourde grise et verte, montre un homme de face, sans âge, vêtu d'une capote militaire, assis devant un énorme samovar, second sujet de la toile dont l'importance suggère la lassitude du premier qui ne pense qu'à se désaltérer alors qu'un petit personnage, son double, danse sur la table.

A la fin de 1917, Lounatcharsky, que Chagall avait connu à Paris, devient Commissaire du peuple à l'Education et à la Culture. Il donne son accord au projet d'une Ecole des Beaux-arts pour Vitebsk que lui soumet le peintre. Ce dernier est nommé Commissaire des Beaux-arts dans l'ex-gouvernement de Vitebsk en septembre 1918. "Ainsi commencèrent dix-huit mois d'activité intense, pleine de débats passionnés mais aussi de graves déceptions" dit Franz Meyer. Le peintre crée une Ecole d'art populaire, transformée en Académie en 1919, avec un cercle d'art, une bibliothèque, un atelier communautaire et un musée. Il organise une exposition des artistes locaux où il met à l'honneur son ancien maître Pen. Il les mobilise pour décorer la ville "de manière révolutionnaire" lors du premier anniversaire de la révolution. Mais des conflits ne tardent pas à éclater avec les tenants plus dogmatiques du courant suprématiste et ceux qui réclament "un art illustratif, une peinture à sujet". En 1920 Chagall abandonne définitivement sa ville natale et s'établit à Moscou qu'il quittera en 1922 pour Berlin, avant de revenir définitivement s'installer en France.

Durant ces années, l'achat de ses oeuvres par de riches marchands juifs et quelques commandes comme celle de décors pour le théâtre d'art juif de Moscou assurent son quotidien. Est exposé le croquis du décor pour le panneau La Musique. Le peintre aura mis à profit cette longue période russe de huit ans pour confirmer son style très personnel où les thèmes populaires de l'art russe et de sa culture juive sont illustrés au moyen des courants picturaux novateurs découverts pendant son séjour parisien.

A propos de cette époque, Marc Chagall a écrit : "Quel peintre exactement aurais-je voulu être ? Je ne dis pas aurais-je pu être ? Très jeune je ne me figurais pas l'Art comme une profession, ni comme un métier ; les tableaux ne me paraissaient pas destinés exclusivement à des buts décoratifs, domestiques. Je me disais : "l'Art est en quelque sorte une mission et il ne faut pas craindre ce mot si vieux". Et quelle que soit la révolution d'ordre technique, réaliste, elle n'a touché que la surface... Peut-être parlerai-je d'une certaine "vision du monde", d'une conception qui se trouverait hors du sujet et de l'œil ? ... de plus abstrait, de libéré... Peut-être était-ce quelque chose qui fait naître intuitivement une gamme de contrastes plastiques en même temps que psychiques, pénétrant le tableau et l'œil du spectateur de conceptions et d'éléments inhabituels et nouveaux".

Madeleine Bruch (10/10/2018)

Exposition organisée par le Kunstmuseum Basel en collaboration avec le Musée Guggenheim Bilbao.  (1er juin - 2 septembre 2018)

 

 

Le Kunsthaus Zürich présente « Robert Delaunay et la Ville Lumière »

Nous avons eu le plaisir de redécouvrir Robert Delaunay à la conférence de presse de la grande exposition consacrée à l’œuvre de Robert Delaunay (1885 –1941) par le Kunsthaus Zürich. Elle présente des thématiques majeures dont Paris, les débuts de l’aviation et la couleur à l’aube de la modernité. Avec 80 tableaux et travaux sur papier, il s’agit de la plus importante exposition jamais organisée en Suisse sur l’art de cet artiste majeur. Simonetta Fraquelli, commissaire invitée, spécialiste indépendante de l’art parisien du début du 20e siècle, nous a guidé à travers les différentes périodes de l’art du peintre.

Delaunay a été un précurseur. Il s’est intéressé à l’utilisation de la couleur dans la représentation du mouvement, de la technique et du sport, se demandant quelle position lui-même pouvait occuper dans l’évolution d’un monde moderne, nouveau et dynamique dont il voulait être une figure centrale. Le Kunsthaus présente toute la richesse de son travail : des premiers portraits «divisionnistes», marqués par le style fauviste, des années 1906/07 jusqu’aux croquis du Palais des Chemins de fer et du Palais de l’Air pour l’Exposition universelle de 1937 et à sa dernière grande série de tableaux intitulée «Rythmes sans fin», qu’il créa au cours des dernières années de sa vie. Cette rétrospective est complétée par des clichés et des films d’importants photographes et cinéastes de l’époque, eux aussi inspirés par la ville de Paris (Germaine Krull, Man Ray, André Kertész, Ilse Bing, René Le Somptier).

La tour Eiffel, symbole du progrès technique

Un langage pictural fondé sur les contrastes de couleurs et l’utilisation de cercles comme éléments formels et symboles cosmiques sont devenus les marques de fabrique de la peinture de Delaunay. On trouvera dans l’exposition des exemples de ses célèbres séries, comme les voûtes élancées et les vitraux colorés de l’église Saint-Séverin, dans le Quartier latin, ou encore ses représentations de la tour Eiffel – dans 24 des tableaux, vue de côté, de dessus, en perspective, nichée entre les maisons, perdue dans un coin – monument emblématique de Paris et symbole par excellence de la modernité. Les toitures parisiennes, une gigantesque grande roue et des avions dominent ces toiles souvent baignées de soleil.

Avec la série « Les fenêtres », Delaunay engage sa peinture dans une voie nouvelle. Répondant aux jeux réciproques de la lumière, de l’espace et du mouvement, elle s’appuie entièrement sur le contraste des couleurs. Dans ces œuvres, l’univers structuré de la ville semble se dissoudre en une surface plane composée de multiples teintes rompues. Guillaume Apollinaire, poète, critique et grand défenseur de l’art de Delaunay, intégra ces effets visuels fondés sur les relations, les tensions et les harmonies intrinsèques de la couleur pure, à son propre concept d’«orphisme», par lequel il tissait des analogies entre la couleur, la lumière, la musique et la poésie. Delaunay, lui, préférait qualifier ses tableaux de «peinture pure», concept qui trouve sa plus parfaite expression avec le fameux «Disque (Le premier disque)» (1913), dans lequel il élimine toutes les références directes au monde visible et leur substitue une représentation concrète d’effets lumineux prismatiques.

Mouvement et dynamisme sur terre, sur l’eau et dans les airs

 La forme du cercle devient récurrente dans les tableaux de Delaunay dès 1906, et vers 1912/13, elle s’impose comme motif principal de nombreux tableaux sous le titre «Soleil et lune», par exemple dans la spectaculaire toile qui fait partie de la collection du Kunsthaus. Une série de travaux réalisés en 1914 et dédiés à Louis Blériot, pionnier de l’aviation, fait aussi abondamment usage de la forme circulaire. Mû par la volonté de représenter le dynamisme, l’artiste réalise une série de travaux plutôt figuratifs sur la vie moderne, dont les célèbres toiles «Les coureurs» (1924/25). Delaunay s’était déjà livré à des expériences picturales autour de motifs sportifs dans ses tableaux sur «L’équipe de Cardiff», et il connaissait bien sûr la célèbre toile du Douanier Rousseau représentant des joueurs de football. On peut toutefois supposer que son intérêt pour le mouvement et la compétition a encore été stimulé par le spectacle des jeux Olympiques organisés à Paris en 1924.

Portraits de la société

Dans les années 1920, Delaunay crée de nombreux portraits des gens qu’il côtoie dans la capitale, comme les poètes Philippe Soupault et Tristan Tzara, ou d’autres personnalités élégantes de la société parisienne qu’il peint vêtues de tissus imaginés par Sonia Delaunay. À travers la série «Rythmes sans fin», il se rapproche de l’univers de l’abstraction géométrique qui avait pris un bel élan à Paris au début des années 1930. Plus tard, ses travaux serviront de modèle à l’Op Art et ouvriront des voies nouvelles à des artistes développant un style concret, constructiviste.

Des prêts du monde entier

Cette exposition a bénéficié du soutien de nombreux musées importants et de collectionneurs particuliers. Ceux-ci ont mis à sa disposition des chefs-d’œuvre qui, pour des raisons de conservation, ne sont plus que rarement prêtés. C’est notamment le cas du Centre Pompidou (Paris), de l’Abbemuseum (Eindhoven), du Solomon R. Guggenheim Museum et du Museum of Modern Art (New York), du Museum of Fine Arts (Houston), de l’Art Institute (Chicago) et du Moderna Museet (Stockholm).

Jusqu'au 18 novembre 2018 - Site

Séverine et Raymond Benoit Langendorf, Suisse (09/9/2018)

 

L'envol - La Maison rouge

"L'envol", dernière exposition de la Maison Rouge à Paris, offre un parcours de rêves pour tout public du 16 juin au 28 octobre 2018. Dans une sorte de grand cabinet de curiosités, on y découvre des œuvres variées, françaises, belges, suisses...
Le collectionneur Antoine de Galbert et sa petite équipe auront organisé, depuis 2004, dans cette Fondation, 131 expositions originales, axées notamment sur des collections privées d'art contemporain ou des jeunes artistes. 52.000 visiteurs se sont pressés à la récente double exposition sur des poupées noires américaines en tissu et sur une artiste rom autrichienne rescapée de camps nazis.
La dynamique directrice artistique Paula Aisemberg se cherche une nouvelle activité, la larme à l'œil, tandis que les vastes locaux sont vendus, quai de la Bastille. Grand amateur d'art brut et de coiffes ethniques, volontiers provocateur et anti-institutionnel, Antoine savait que ce lieu serait éphémère dès le départ. "On arrête quand tout va bien", répète-t-il à ses amis navrés, au côté de sa compagne, la galeriste Aline Vidal. Mais la porte de sa Fondation reste entrouverte pour quelques projets culturels et artistiques.
Jusqu'au 18 octobre 2018
Site
Marie-France Maniglier (18/6/2018)


Théâtre

 

Guérisseur

Très connu dans les pays de langue anglaise, Brian Friel l'est moins en France. Heureusement, depuis une vingtaine d'années, Alain Delahaye a entrepris de traduire toute l'œuvre abondante du dramaturge irlandais décédé il y a trois ans et il en a déjà traduit un bon nombre. Faith Healer (Guérisseur) en fait partie.
La pièce est actuellement jouée au Lucernaire jusqu'au 14 avril. Trois personnages racontent tour à tour leur histoire commune, celle de la tournée en Grande Bretagne du guérisseur accompagné de son épouse et de son impresario. Tournée hasardeuse dans une vieille camionnette qui les conduit d'un village miteux à un autre encore pire, devant une assistance parfois rare et souvent primitive. Les épisodes cocasses ou dramatiques du voyage sont vus par les trois protagonistes sous des angles différents. Le spectateur, dont l'attention ne se relâche pas une seconde (on entendrait une mouche voler dans la salle) est en plein suspense, complètement accroché aux lèvres des acteurs, mais chacun des trois personnages a sa vérité. Les voyageurs reviennent enfin en Irlande, dans ce village de Ballybeg déjà évoqué dans d'autres pièces de Brian Friel. Je ne dévoilerai pas la fin très subtilement suggérée.
e jeu des trois acteurs tout en nuances ne peut qu'être loué et contribue à faire de cette pièce un spectacle de qualité.

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Marie-José Sélaudoux (14/02/2018)

« Les Reines » de Normand Chaurette

Les fans de Shakespeare et les amateurs de théâtre contemporain peuvent se laisser surprendre par « Les Reines », une tragédie francophone du Canadien Normand Chaurette mise en scène par Elisabeth Chailloux. Créé et présenté à la Manufacture des œillets, à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), du 12 au 29 janvier 2018, ce spectacle de six comédiennes chevronnées doit ensuite partir en tournée, en particulier à Colmar.
A Londres, le 20 janvier 1483, six femmes se croisent dans un château sombre, où elles s’apostrophent dans une langue riche et poétique. Elles sont sœurs, épouses ou mère de roi. L’une d’elles, qui aimait trop son frère, déambule comme un ange en patins à roulettes. Le roi Edouard agonise ; les enfants d’Elisabeth sont menacés, sur fond de guerre des Deux Roses. De cette guerre s’est inspiré Shakespeare pour écrire « Richard III » et « Henri VI ». Ces personnages de Shakespeare sont réincarnés par Chaurette : Anne Dexter (interprétée par Bénédicte Choisnet), la duchesse d’York (Sophie Daull), les sœurs Isabelle Warwick (Pauline Huruguen) et Anne Warwick (Marion Lenfant), la reine Elisabeth (Anne le Guernec), la reine Marguerite (Laurence Roy).
Normand Chaurette, né en 1954 à Montréal, explique : « je tenais à écrire une pièce sur la métaphore, sur la langue, sur le flamboiement, sur le décadent ». La question du pouvoir n’est pas fondamentale pour ces rôles, assure le dramaturge, qui pense l’acteur comme un instrument de musique : « les mots sont pour moi des rondes, des blanches, des noires et des croches, la voix des acteurs des timbres ».  

L’ancienne manufacture des œillets, centenaire, a été rachetée par la ville d’Ivry en 2009 et Inscrite à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques. On y fabriquait des œillets, des anneaux métalliques permettant de consolider les trous pratiqués dans du tissu ou dans du cuir pour y glisser des lacets. Aujourd’hui, elle abrite le théâtre des quartiers d’Ivry (centre dramatique national du Val-de-Marne), avec ses activités de création et de production, de formation professionnelle et amateur (l’Atelier Théâtral), de rencontre avec des artistes et des compagnies venues d’ailleurs (Théâtre des Quartiers du Monde). Des plasticiens contemporains y sont également présentés dans un des bâtiments avec le CREDAC.

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Marie-France Blumereau-Maniglier (15/01/2018)

 


Musique

 

Les 40 ans de l’Orchestre de chambre de Paris

L’orchestre de chambre de Paris fête ses 40 ans. Ses activités allient qualité musicale et projets pédagogiques. Il se produit principalement au Théâtre des Champs-Elysées, mais aussi à la Philharmonie.

La saison 2018-2019 présente de nombreux points forts, comme des concertos par François-Frédéric Guy dans la série « jouer diriger », les artistes Emmanuel Pahud, Alisa Weilerstein, François Leleu, une participation à un week-end « Syrie » de la Philharmonie, du chant, des opéras, les concerts de musique de chambre, etc. 

Toute la saison

Thierry Vagne - 08/4/2018

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