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L'art visuel - Notules livres - Musique - Théâtre

 

L'art visuel

Siècle de Bruegel au BOZAR. Bruxelles

 Le 450ème anniversaire de Pieter Bruegel est dignement fêté sous le signe de la Renaissance à Bruxelles ville où il choisit de s'établir en 1563, dans le quartier des Marolles. La réhabilitation de sa maison n'a pas vu le jour hélas mais BOZAR fait coup double avec "l'Estampe au temps de Bruegel" et "Bernard van Orley, Bruxelles et la Renaissance" soulignant que la ville fut le "centre du monde connu" pendant toute cette période et le rôle de ces 2 artistes. De plus et dans le prolongement du "siècle de Bruegel" nous pouvons aujourd'hui œuvrer à une nouvelle Renaissance à l'instar des architectes, scientifiques, chorégraphes, performeurs impliqués par BOZAR. Richard Venlet avec son installation et Anouk De Clercq et son intervention sonore en sont un vibrant exemple !

"Un peu oublié de nos jours" comme en convient Sophie Lauwers, la directrice des expositions de BOZAR, Bernard Van Orley (1488-1541) était un artiste de première importance au XVIème, peintre officiel de la Cour attaché à Marguerite d'Autriche, Marie de Hongrie et Charles Quint. Tapisseries, tableaux et vitraux alternent dans un élégant parcours qui fait revivre son prestigieux atelier. Parmi les œuvres emblématiques, les fameuses "Chasses de Maximilien" prêtée par le musée du Louvre qui déroule sur 73 mètres au total, un fabuleux panorama sur la capitale belge d'alors. Autre fleuron "la Bataille de Pavie" du musée di Capodimonte de Naples d'une longueur de 60 mètres à la gloire de Charles Quint. A noter que le musée d'art et d'histoire met en valeur en parallèle 8 tapisseries de la série l'Histoire de Jacob, Bruxelles étant un véritable centre international de la tapisserie au XVIème.  

Van Orley, brasseur d’influences  

Alors qu'il se forme auprès de son père, Van Orley va peu à peu embrasser les influences du nord et du sud de l'Europe entre Dürer et Raphaël dont les cartons de tapisserie circulent. De ses premiers retables marqués par l'influence des Primitifs flamands jusqu'à l'année charnière de 1520 avec l'introduction de corps en mouvement dans la scène magistrale du "Christ au Jardin des Oliviers" et du "Polyptique de Job et Lazare" où il impose un véritable sens de la dramaturgie, c'est un véritable précurseur que nous découvrons. Van Orley, va de plus dans ses portraits sous l'influence allemande traduire des personnages d'une grande expressivité. Portraitiste conventionnel ou plus humaniste, il sait varier les registres avec brio. Il reste fidèle au rendu fidèle des drapés, de la végétation, tout en ajoutant des solutions formelles d'une grande nouveauté. Il a fait école. Ses liens avec la ville de Bruxelles, siège de la Cour et flamboyante capitale des Habsbourg favorise l'essor de ce style Renaissance (synthèse Italie-Allemagne) et nombreuses de ses œuvres sont visibles dans les églises, résidences privées ou institutions. Envie de suivre ses traces ?  

Palais du Coudenberg

Spécialement pour l’occasion, le passage sous-terrain reliant le Palais des Beaux-Arts et le Palais du Coudenberg sera ouvert au public à quelques moments clés. Après avoir admiré l’œuvre du peintre de cour Bernard van Orley à BOZAR, vous rejoindrez ainsi directement les ruines du Palais du Coudenberg, durant les nocturnes du jeudi soir, les parcours découvertes en famille du samedi et lors des vacances, ainsi que le Family Day et la visite guidé combi.  

Avec ce guide et itinéraire pédestre vous suivrez littéralement les traces de Bernard van Orley. Veillez à jeter un coup d'œil à la cathédrale des Sts Michel et Gudule et à découvrir les vitraux conçus par Van Orley. 

L'Estampe au temps de Bruegel

 N'oublions pas que c'est par ses gravures que Bruegel s'est fait connaitre de son vivant et si c'est à Anvers que la gravure et son marché se développent à l'aide d'entrepreneurs et de mécènes, c'est à Bruxelles que Bruegel s'installe. Que ce soit à des fins de dévotion ou de propagande, une très grande hétérogénéité des images domine à l'époque. Le parcours ouvre sur le célèbre "Rhinocéros" de Dürer marquant le côté très novateur de sa technique et langage qui ouvre la voie aux premiers peintres-graveurs. La légende entourant cet animal exotique renforce l'impact immédiat de cette gravure.  

L'imposante généalogie des Habsbourg signée Robert Peril souligne les visées propagandistes de la maison royale qui soutenait éditeurs et imprimeurs dans la production d'arbres généalogiques pour assoir leur pouvoir. Nous arrivons à Pieter Bruegel par l'invention du paysage quand à son retour d'Italie il livre une série de 12 panoramas qui relèvent plus d'une projection mentale que vériste où le monde est dominé par la nature et non les hommes. L'influence de l'éditeur anversois Hieronymus Cock est soulignée dans la diffusion à grande échelle des œuvres gravées. L'installation vidéo d'Antoine Roegiers à partir des "Sept Péchés Capitaux" de Bruegel offre une réponse actuelle fabuleuse au génie du maître !

Nouvelle renaissance avec Richard Venlet (Bozar architecture)  

Dans le cadre de son volet architecture, Bozar invite Richard Venlet connu pour ses environnements hybrides. Né en Australie mais vivant à Bruxelles son travail engage le spectateur dans une perte occasionnelle de ses repères.   

Prolonger la visite avec : Le musée Royal Museums of Fine Arts of Belgium qui possède une large collection de toiles de Bruegel a décidé de le mettre à l'honneur, sous le manifeste "Dutch Spring".  

Marie de La Fresnay  (09/3/2019)

Infos pratiques :

  • Bernard Van Orley jusqu' 25 mai   
  • L'Estampe au temps de Bruegel jusqu'au 23 juin  
  • Richard Venlet, ITS WALLS, FLOORS, CEILING AND WINDOWS jusqu'au 19 mai    https://www.bozar.be Visit Brussels  

 

La Peinture anglaise – De Turner à Whistler

Préface - William Hauptman est un historien d’art américain qui s’intéresse à Charles Gleyre. Ce peintre vaudois avait créé un atelier à Paris qui a vu défiler des élèves prestigieux comme les futurs impressionnistes, Alfred Sisley, Claude Monet, Frédéric Bazille, etc. Hauptmann décide de venir en Suisse consulter de la documentation qui lui manquait. Et décide d’y rester ! Il organisera plusieurs expositions, dont la dernière à la Fondation de l’Hermitage à Lausanne, dédiée aux peintres anglais du XIXe siècle.

Image : Bending Sail after a Gale, 1881, huile sur toile, 68 x 102 cm Collection privée

L’exposition - La Fondation poursuit ici son exploration des grands centres d’art occidentaux au XIXe siècle en consacrant cette importante exposition à la peinture anglaise. Près de 60 tableaux, présentés pour la première fois en Suisse, offrent un panorama inédit de la production artistique, d’une originalité fascinante, durant l’âge d’or de l’Empire britannique.

Autour de Turner, dont l’œuvre magistrale annonce l’impressionnisme, l’exposition met à l’honneur les peintres qui se sont illustrés dans le genre du paysage, tels qu’Atkinson Grimshaw, Pyne, Brett ou Martin. Le parcours fait aussi la part belle à la confrérie préraphaélite (Millais, Rossetti) ainsi qu’à l’Aesthetic Movement (Burne-Jones, Watts), deux cercles d’artistes qui s’inspirent de la littérature ou de sources antiques (Alma-Tadema, Egley, Hughes, Sandys, Scott).

La révolution industrielle suscite également des scènes saisissantes qui témoignent des diverses facettes de la vie moderne (Emslie, Fletcher, Hicks, Joy), et de ses répercussions sociales (Collinson, Holl, Mulready, O’Neil, Walker). La présentation se termine par une section consacrée à Sargent et Whistler, artistes cosmopolites d’origine américaine, portraitistes virtuoses qui comptent parmi les plus célèbres de leur temps.

 Un bel ensemble d’héliogravures vient enrichir l’exposition, mettant en exergue les grands noms de la photographie britannique, de William Henry Fox Talbot à Frederick Henry Evans. Cette sélection est complétée d’une série de portraits de Jane Morris, l’une des muses des préraphaélites.

Dans l’Angleterre du XIXe siècle, les scènes de genre sont particulièrement prisées sur le marché de l’art qui est en pleine expansion. Elles ont pour principaux sujets des faits historiques ou modernes, qui touchent le spectateur de la même manière qu’un récit captive le lecteur. Le tableau relate un épisode, une anecdote, voire une histoire entière ; il offre la méticulosité et la précision de ses détails à la délectation du regard. Alfred Edward Emslie expose à la Royal Academy son impressionnante vue marine, Voile enverguée après un coup de vent, dont le cadrage audacieux accentue l’effet théâtral. Elle donne presque le mal de mer en la regardant !

 

À l’aube du règne de Victoria, en 1837, Joseph Mallord William Turner a déjà 62 ans, et il est au sommet de sa formidable carrière. Il crée alors certaines de ses peintures les plus novatrices et les plus énigmatiques. Les œuvres de cette période soulèvent des questions sur les limites de la virtuosité et sur la notion d’achèvement du tableau à une époque où la facture soignée et l’exactitude topographique constituent les principaux critères de qualité de la peinture de paysage.

 Dans leur quête de nouveaux sujets, les préraphaélites lisent tout particulièrement l’œuvre de William Shakespeare, dont les pièces de théâtre ont marqué les artistes anglais depuis le XVIIIe siècle. Les peintres s’intéressent à la psychologie des personnages, tels que le roi Lear, Hamlet ou Roméo et Juliette. La figure tragique d’Ophélie, qui bascule dans la folie, est représentée ici par Arthur Hughes juste avant qu’elle ne mette fin à ses jours. L’univers du poète John Keats est également transposé dans des dizaines d’œuvres, parmi lesquelles La vigile de la Sainte-Agnès de John Everett Millais (The Eve of Saint Agnes, 1863, huile sur toile, 117,8 x 154,3 cm Her Majesty Queen Elizabeth II © Royal Collection Trust / Her Majesty Queen Elizabeth II 2019). Cette toile provient, comme on le voit, de la collection privée de la famille royale.

De même, la légende du roi Arthur et celle des chevaliers de la Table ronde d’Alfred Tennyson deviennent une véritable encyclopédie de motifs pour les artistes. Une de leurs sources privilégiées est la ballade de La dame d’Escalot (The Lady of Shalott), qui est revisitée par William Maw.

James Abbott McNeill Whistler est une personnalité à part dans l’art anglais de la fin de l’ère victorienne. C’est un visionnaire, à l’égal de Turner, tout aussi impossible à ranger dans une case stylistique. Né aux Etats-Unis en 1834, il s’installe définitivement à Londres en 1862. Son art évolue alors vers une recherche plus esthétique, centrée sur les effets de lumière, d’atmosphère, d’harmonie et de musicalité. Whistler emploie un vocabulaire musical pour désigner ses peintures, en associant ses portraits à des combinaisons de couleurs élémentaires au lieu d’indiquer l’identité du modèle. Le portrait de sa belle-sœur Ethel Birnie Phillip s’intitule ainsi Rouge et noir, l’éventail, et son autoportrait Marron et or.

Ce qui rend cette exposition particulièrement intéressante, c’est la collection de toiles très peu connue du public continental, provenant de différents musées anglais et d’autres collections, dont celle de la famille royale. Certains tableaux et aussi les héliogravures sont exposées au public pour la première fois. Elle présente un panorama particulièrement complet de toutes les tendances qui se sont développées au cours du XIXe siècle, influencées par la vie sociale et l’évolution économique des îles britanniques.          

Image : Red and Black: The Fan, 1891-1894, huile sur toile, 187,4 x 89,8 cm The Hunterian, University of Glasgow © The Hunterian, University of Glasgow 2019  

 

 

 

La peinture anglaise de Turner à Whistler Fondation de l’Hermitage, Lausanne (suisse)
Du 1er février au 2 juin 2019

Séverine et Raymond Benoit  (22/02/2019)

 

À Bâle, le jeune Picasso - Périodes bleue et rose

La Galerie Beyeler avait acquis au cours des ans une très grande collection d’œuvres majeures de Picasso, au total 33. Cependant, aucune d’entre elles ne couvre les périodes avant 1907, année qui marque, avec les « Demoiselles d’Avignon », le virage vers le cubisme. Dès lors, la Fondation Beyeler à Riehen/Bâle a décidé d’organiser, ce qui a pris quatre ans environ, la plus grande exposition d’œuvres des périodes dites bleues et roses, soit de 1901 à 1906. Il s’agit, en fait, de la toute première fois en Europe que sera donné à voir un éventail d’une telle densité et d’une telle qualité des chefs-d’œuvre de cette importante période. Ce sont aussi des jalons marquants de la trajectoire de Picasso en marche vers son statut d’artiste le plus célèbre du 20ème siècle.

 L’exposition, qui présente 75 tableaux et sculptures, est articulée de manière chronologique. Elle présente les débuts de la trajectoire de Picasso en prenant pour point de référence l’image humaine. Reprenant encore et encore son élan, l’artiste qui vit alors entre Paris et Barcelone gravite essentiellement autour de la figure humaine.

Ces tableaux hauts en couleur, peints en Espagne et à Paris, dénotent aussi l’influence de van Gogh et de Toulouse-Lautrec. Ils montrent ce que ressent Picasso de la vie mondaine parisienne de la Belle Époque. Puis, en mémoire du suicide tragique de son ami artiste Carles Casagemas, avec lequel il s’était rendu une première fois à Paris vers 1900, Picasso crée à partir de la fin de l’été 1901 des toiles dans lesquelles la couleur bleue devient le moyen d’expression dominant, amorçant la période dite bleue. Le peintre porte dès lors son regard sur la misère et les abîmes psychiques des personnes en marge de la société.

Avec son installation définitive en 1904 à Paris dans un atelier de la cité d’artistes du Bateau-Lavoir, c’est une nouvelle étape qui débute dans la vie et dans l’œuvre de l’artiste. C’est l’époque où Picasso rencontre en Fernande Olivier sa première compagne et muse au long cours. Peu à peu, il abandonne sa palette chromatique à dominante de bleus en faveur de tonalités plus gaies de roses et d’ocres, tout en conservant l’atmosphère mélancolique de ses toiles précédentes.

Picasso peint alors des saltimbanques, des acrobates et autres artistes, en groupes ou en famille. Ils incarnent la vie de bohème anti-bourgeoise du monde du cirque et de l’art. Si l’« Arlequin assis, 1901 » est  à forte dominance bleue, en contrepartie la « Famille de saltimbanques avec un singe, 1905 » annonce très nettement la période rose. L’exposition permet aussi de comparer l’« Autoportrait, 1901 » sur un fond bleu-vert et en vêtement bleu foncé, à l’« Autoportrait 1906 », d’un Picasso dénudé et calme, où le rose-ocre du corps se détache sur un fond grisâtre. Cette comparaison illustre particulièrement l’évolution du peintre en moins de cinq ans.

En 1906, Picasso connaît son premier grand succès commercial lorsque le galeriste Ambroise Vollard lui achète la quasi-totalité de ses nouveaux travaux. Cela permet à Picasso de quitter Paris avec Fernande et de s’établir quelques semaines durant dans le village de montagne catalan de Gósol dans les Pyrénées espagnoles. En quête d’une nouvelle authenticité artistique, il crée de nombreux tableaux et sculptures qui unissent des idéaux corporels classiques et archaïques. Exposé à un paysage aride et à un style de vie rustique, Picasso peint principalement des figures placées dans des scènes idylliques et originelles.

La déformation et le morcellement toujours plus poussés de la figure, tels qu’ils apparaissent dans les représentations « primitivistes » en particulier de nus féminins créés à son retour à Paris, annoncent finalement le langage pictural cubiste, qui se déploie à partir de 1907. Un tableau appelé « Femme, 1907 » présente déjà nettement les traits qui se déploieront dans les « Demoiselles d’Avignon ». On peut considérer qu’il termine nettement le parcours chronologique de l’exposition limitée au deux périodes. L’exposition constitue aussi un hommage aux fondateurs du musée Ernst et Hildy Beyeler, qui voyaient en Picasso un véritable modèle artistique et ont fait preuve d’un engagement multiple et profond en sa faveur. La collection Beyeler compte pas moins de 33 œuvres du peintre, faisant aujourd’hui de la Fondation Beyeler l’un des musées les plus importants au monde en la matière.

Les 75 tableaux et sculptures de l’exposition, sont, pour la plupart, rarement prêtés par les 28 musées et collections privées qui ont contribué à sa mise sur pied. Elle a été organisée par la Fondation Beyeler en collaboration avec les musées d’Orsay et de l’Orangerie et le musée national Picasso – Paris, où elle fera une première étape sous forme légèrement modifiée. Le catalogue qui compte 304 pages et 17 articles de fond est la publication la plus volumineuse réalisée par le musée à ce jour.

Séverine et Raymond Benoit   (14/02/2019)

Fondation Beyeler, Riehen/Bâle - 3 février – 26 mai 2019  

En plus de l’exposition principale, il est possible de visiter, jusqu’ au 5 mai, l’exposition parallèle « Picasso Panorama » qui regroupe les tableaux de la collection Beyeler complétée par de prêts entre autres de l’Anthax Collection Marx et de la Rudolf Staechelin Collection. Ce sont ainsi 40 ouvres majeures qui se déploient sous les yeux des visiteurs le plein panorama des univers visuels créés par Picasso entre 1907 et 1972.

 

Vasarely, le Warhol à la française célébré par le Centre Pompidou

L'expression est de l'un des deux commissaires, Arnauld Pierre, de l'ambitieuse relecture que propose le Centre Pompidou "Vasarely, le partage des formes". Titre assez timide pour retranscrire ce qui ressemble à une véritable révolution dans cette France du progrès portée par les "trente glorieuses" dont le hongrois d'origine (naturalisé en 1961) se fait le héraut.     

Né à Pécs en 1906 Victor Vasarely commence d'abord par étudier la médecine qu'il abandonne pour entrer dans le "petit Bahaus" de Budapest, avec comme mentor Sandor Bortnyik. Il arrive à Paris en 1930 et est engagé par l'agence Havas. Fasciné par les jeux de lumière provençale à Gordes ou les craquelures des carrelages des stations de métro parisien, il pose un premier jalon vers le cinétisme avec "Hommage à Malevitch". Après un épisode Noir-Blanc il rencontre Denise René qui devient sa compagne et lui offre une première exposition en 1955 "Mouvement" aux côtés de Duchamp, Calder, Pol Bury, Soto. Il publie cette même année son "Manifeste Jaune", anticipant son Alphabet plastique, langage combinatoire à l'infini, amplement diffusé par le recours au multiple. En 1965 c'est la consécration, il participe à l'exposition du Moma, "The Responsive Eye" et fait la couverture du Times Magazine. Denise René ouvre une galerie à New York. L'Op art est né et se veut la version européenne du Pop !

La France tombe dans une "vasarelite aigue": la télévision, les magazines, la musique (pochette du mythique Space Oddity de Bowie), le cinéma (La prisonnière de Cluzot), la mode succombent, sur fond de conquête spatiale. Une utopie qu'il transpose également en architecture avec la "Cité polychrome du bonheur" à Créteil ou Caracas (Cité universitaire). Autres emblèmes, parisiens : la façade du nouveau siège de la radio RTL rue Bayard (qui sera démontée finalement en 2017) qu'il conçoit avec Yvaral son fils, le fameux logo Renault, la grande fresque de la gare Montparnasse (hall de départ), le portrait en 3 D de Georges Pompidou à l'ouverture du Centre, qui incarnent cet esperanto visuel qui envahit tout jusqu' à frôler l'overdose.   A tel point que la critique et les institutions vont rejeter en bloc cette approche cinétique de la modernité, ce qui entraine dans la décennie suivante une chute sévère de sa cote (75%). Les difficultés rencontrées par la Fondation Vasarely à Aix en Provence, son centre architectonique en état de conservation préoccupant, ne favorisent pas une possible revalorisation du maître qui inspire cependant toute une nouvelle génération d'artistes dans les années 2000. Un retour en grâce légitime pour ce rêveur cosmique qui n'en finit pas de pressentir les mutations à venir de notre monde. La démarche du Centre Pompidou suffira- t-elle pour ancrer cette réévaluation durablement et non céder à la vague vintage revival terriblement actuelle ?   Une visite s'impose dans ce qui ressemble à un fascinant labyrinthe polysensoriel.

Marie de la Fresnaye (14/02/2019)  

Infos pratiques : Vasarely, le partage des formes jusqu'au 6 mai 2019 Centre Pompidou

Catalogue aux éditions du Centre Pompidou, 232 pages, 39, 90 € en vente à la librairie.

#ExpoVasarely

Visiter la Fondation Vasarely, classée Monuments historiques, Jas de Bouffan 13096 Aix-en-Provence www.fondationvasarely.org

 

Made in Neuchâtel - Deux siècles d’indiennes

Avec « Made in Neuchâtel. Deux siècles d’indiennes », le Musée d’art et d’histoire de Neuchâtel propose la première grande exposition consacrée aux indiennes neuchâteloises. A partir d’un riche ensemble de plus de 300 objets – toiles imprimées, empreintes, livres d’échantillons, portraits, vues de fabriques et correspondance –, l’exposition fait découvrir l’une des principales régions productrices de toiles peintes de toute l’Europe. Les toiles de coton imprimé, désignées par le terme d’indiennes en référence à leur origine géographique, connaissent un engouement sans précédent en Europe aux XVIIIe et XIXe siècles. Elles passent rapidement du produit de luxe à un bien de consommation de masse. À Neuchâtel, une quinzaine de manufactures permettent à la région de se positionner au sein de circuits internationaux. Une partie de ces manufactures ont été créées par des réfugiés huguenots, qui ont ainsi participé à l’évolution économique de cette région.  

Privilégiant une approche interdisciplinaire, le parcours de l’exposition met en évidence les stratégies mises en œuvre par les producteurs et les maisons de commerce neuchâtelois pour conquérir de vastes marchés, notamment en France, en Allemagne et en Italie. La place occupée par les indiennes dans le commerce triangulaire et la traite des Noirs y est également abordée. En effet, il s’était développé un certain « commerce triangulaire ». Les indiennes étant fortement appréciées des chefs des populations des côtes africaines, elles servaient de monnaie d’échange contre les esclaves arrachés à leurs territoires. Ensuite, ils étaient à leur tour échangés contre de la marchandise provenant des territoires américains, entre autres le coton qu’ils récoltaient dans les plantations. Coton qui servait ensuite à la fabrication des nouvelles indiennes.

 Indiennes entre passé et présent  

L’exposition interroge à partir d’un corpus largement inédit les toiles de coton imprimé dans la perspective des arts décoratifs européens : comment le langage ornemental des toiles évolue-t-il ? Quelles sont les sources auxquelles puisent les créateurs ? Comment adaptent-ils les motifs aux contraintes de la mode ? Comment déclinent-ils les motifs provenant d’Inde, de Perse, de Chine et d’Europe ? Autant de questions qui permettent d’éclairer d’une lumière nouvelle la production et le négoce des indiennes. L’actualité des ornements anciens est illustrée, dès l’entrée de l’exposition, au travers d’une collaboration avec la filière Design textile de la Haute École spécialisée d’art de Lucerne (HSLU). S’inspirant des collections de dessins, d’empreintes et de toiles imprimées produites à Neuchâtel, ces jeunes créateurs interprètent des motifs anciens, en leur conférant une forme contemporaine et inédite.

Au fil des salles, l’exposition développe ainsi différentes thématiques à la croisée des arts décoratifs, de l’histoire économique et culturelle. Le parcours se termine par un dispositif interactif qui permet au visiteur de composer ses propres motifs d’indiennes.

Séverine et Raymond Benoît (14/02/2019)

Musée d’art et d’histoire de Neuchâtel Jusqu’au 20 mai 2019

 

 

Quand L'ombre cuivrée de Sonia Rykiel se penche sur Jean-Jacques Henner

"Rousse : accepter le deal" Sonia Rykiel 

 "Je voudrais bien vous voir avec une perruque rousse".JJ Henner  

Deux citations qui traduisent bien les fantasmes véhiculés par une telle couleur ! Comme le résume fort bien Michel Pastoureau dans le passionnant catalogue de l'exposition du musée Jean-Jacques Henner : "Roux est plus qu'une nuance de couleur ; c'est presque devenu au fil des siècles une couleur à part entière, une couleur dévalorisée".  

Mais alors pourquoi ce lourd passif symbolique a-t-il toujours fasciné et continue de fasciner nombre d'artistes, dont Jean-Jacques Henner, le "peintre des ors fauves" comme le décrit la conservatrice du musée, Claire Bessède, à l'origine de cette exploration inédite captivante à plus d'un titre. Rassemblant pour la première fois, à partir du riche fonds Henner (sanguines et carnets inédits) des peintures des musées d'Orsay, Petit Palais, Beaux-Arts de Paris et masques et artefacts du musée du Quai Branly, Mucem, Collection Française, ainsi que de collections particulières dont celle de Nathalie Rykiel, le parcours revient sur l'obsession du roux chez Henner à l'aune de son atelier, les préjugés attachés à cette couleur à différentes époques jusqu' à une revendication très contemporaine.  

Ainsi de la Naissance de Vénus Botticellienne (rousse !) à Judith triomphant d'Holopherne ou Salomé la tentatrice, Sarah Bernardt, Loïe Fuller, Rita Hayworth, David Bowie, les indiens d'Amérique et guerriers polynésiens flamboyants, la fée Mélusine..., héroïnes et héros peuplent la littérature et les beaux-arts, la mode, la photographie jusqu'à leurs avatars plus populaires en BD, Spirou, Peter Pan, Tintin, Obélix et Astérix, entretenant le mythe !  

Tour à tour maudites ou magnifiées, les rousses acclamées dans la poésie et le roman (Baudelaire, Zola) trouvent chez Jean-Jacques Henner un écho unique réévalué à partir de ses sanguines et nombreux toiles, "l'Idylle" qu'il présente à son retour de la Villa Médicis, "la Liseuse », la "Comtesse Kessler", rapprochées de ses contemporains, Renoir, Degas, Courbet, Edgar Maxence, jusqu'à aboutir à son emblématique "Christ Roux", qui transgresse la connotation de la trahison habituellement liée à cette couleur dans la Bible.  Dans une veine très contemporaine, les "robes hommages" des créateurs à Sonia Rykiel ont souligné cette arme fatale qu'elle avait su dompter et apprivoiser pour en faire ensuite plus qu'une signature, une ode à la différence et un étendard à l'altérité. La photographe Geneviève Boutry s'est aussi penchée sur cette planète rousse et a recueilli de nombreux témoignages de ceux et celles qui vivent au quotidien railleries, ostracisation ou fascination.  

Un volet pédagogique qui traverse l'iconographie de l'art complète favorablement cette approche à la fois sensible, éclectique et érudite dans cet hôtel particulier au charme inégalé !  

Marie de la Fresnaye (07/02/2019)
Catalogue coédition Le Seuil/ musée national Jean-Jacques Henner, 24,90€ 190 pages avec les essais de : Michel Pastoureau (Ecole pratique des hautes études), Claire Bessède (musée national JJ Henner), Isabelle de Lannoy (historienne de l'art), Yves le Fur (musée du Quai Branly), Xavier Fauche (scénariste) et Cécile Cayol (musée national JJ Henner).
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Théâtre

 

Guérisseur

Très connu dans les pays de langue anglaise, Brian Friel l'est moins en France. Heureusement, depuis une vingtaine d'années, Alain Delahaye a entrepris de traduire toute l'œuvre abondante du dramaturge irlandais décédé il y a trois ans et il en a déjà traduit un bon nombre. Faith Healer (Guérisseur) en fait partie.
La pièce est actuellement jouée au Lucernaire jusqu'au 14 avril. Trois personnages racontent tour à tour leur histoire commune, celle de la tournée en Grande Bretagne du guérisseur accompagné de son épouse et de son impresario. Tournée hasardeuse dans une vieille camionnette qui les conduit d'un village miteux à un autre encore pire, devant une assistance parfois rare et souvent primitive. Les épisodes cocasses ou dramatiques du voyage sont vus par les trois protagonistes sous des angles différents. Le spectateur, dont l'attention ne se relâche pas une seconde (on entendrait une mouche voler dans la salle) est en plein suspense, complètement accroché aux lèvres des acteurs, mais chacun des trois personnages a sa vérité. Les voyageurs reviennent enfin en Irlande, dans ce village de Ballybeg déjà évoqué dans d'autres pièces de Brian Friel. Je ne dévoilerai pas la fin très subtilement suggérée.
e jeu des trois acteurs tout en nuances ne peut qu'être loué et contribue à faire de cette pièce un spectacle de qualité.

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Marie-José Sélaudoux (14/02/2018)

« Les Reines » de Normand Chaurette

Les fans de Shakespeare et les amateurs de théâtre contemporain peuvent se laisser surprendre par « Les Reines », une tragédie francophone du Canadien Normand Chaurette mise en scène par Elisabeth Chailloux. Créé et présenté à la Manufacture des œillets, à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), du 12 au 29 janvier 2018, ce spectacle de six comédiennes chevronnées doit ensuite partir en tournée, en particulier à Colmar.
A Londres, le 20 janvier 1483, six femmes se croisent dans un château sombre, où elles s’apostrophent dans une langue riche et poétique. Elles sont sœurs, épouses ou mère de roi. L’une d’elles, qui aimait trop son frère, déambule comme un ange en patins à roulettes. Le roi Edouard agonise ; les enfants d’Elisabeth sont menacés, sur fond de guerre des Deux Roses. De cette guerre s’est inspiré Shakespeare pour écrire « Richard III » et « Henri VI ». Ces personnages de Shakespeare sont réincarnés par Chaurette : Anne Dexter (interprétée par Bénédicte Choisnet), la duchesse d’York (Sophie Daull), les sœurs Isabelle Warwick (Pauline Huruguen) et Anne Warwick (Marion Lenfant), la reine Elisabeth (Anne le Guernec), la reine Marguerite (Laurence Roy).
Normand Chaurette, né en 1954 à Montréal, explique : « je tenais à écrire une pièce sur la métaphore, sur la langue, sur le flamboiement, sur le décadent ». La question du pouvoir n’est pas fondamentale pour ces rôles, assure le dramaturge, qui pense l’acteur comme un instrument de musique : « les mots sont pour moi des rondes, des blanches, des noires et des croches, la voix des acteurs des timbres ».  

L’ancienne manufacture des œillets, centenaire, a été rachetée par la ville d’Ivry en 2009 et Inscrite à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques. On y fabriquait des œillets, des anneaux métalliques permettant de consolider les trous pratiqués dans du tissu ou dans du cuir pour y glisser des lacets. Aujourd’hui, elle abrite le théâtre des quartiers d’Ivry (centre dramatique national du Val-de-Marne), avec ses activités de création et de production, de formation professionnelle et amateur (l’Atelier Théâtral), de rencontre avec des artistes et des compagnies venues d’ailleurs (Théâtre des Quartiers du Monde). Des plasticiens contemporains y sont également présentés dans un des bâtiments avec le CREDAC.

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Marie-France Blumereau-Maniglier (15/01/2018)

 


Musique

 

Les 40 ans de l’Orchestre de chambre de Paris

L’orchestre de chambre de Paris fête ses 40 ans. Ses activités allient qualité musicale et projets pédagogiques. Il se produit principalement au Théâtre des Champs-Elysées, mais aussi à la Philharmonie.

La saison 2018-2019 présente de nombreux points forts, comme des concertos par François-Frédéric Guy dans la série « jouer diriger », les artistes Emmanuel Pahud, Alisa Weilerstein, François Leleu, une participation à un week-end « Syrie » de la Philharmonie, du chant, des opéras, les concerts de musique de chambre, etc. 

Toute la saison

Thierry Vagne - 08/4/2018

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