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L'art visuel

Les silences du musée Rath de Genève

(La Suisse est connue pour ses musées et le nombre important d’expositions qui y sont organisées chaque année. Elle serait la première en Europe si on rapporte cette profusion au nombre de ses habitants.)

Tel est le titre de la très originale exposition que le musée Rath de Genève, (commissaire : Lada Umstätter), propose cette année du 14 juin au 27 octobre 2019. Ces silences sont évoqués par les peintures elles-mêmes, mais surtout le silence est recommandé dans les salles d’exposition, avec la consignes de le respecter pendant la visite. Pour inciter au silence, l’ambiance générale est nocturne avec des pièces très sombres, peintes en noir, où seules sont éclairées les œuvres elles-mêmes et le texte qui introduit chaque salle.
Tout ceci procure un étonnement inhabituel qui entraine dans une autre perception de l’œuvre observée. Après cette expérience, on ressort de la visite avec l’idée, qu’à l’avenir, dans d’autres expositions ou dans les musées, on ne pourra s’empêcher d’introduire le silence dans notre regard.
Ainsi, dans l’une des dernières salles, était présent un enseignant des Beaux-Arts accompagné d’étudiants. Évidemment, le professeur faisait des commentaires qui suscitaient, en retour, des réflexions des participants, mais pour les visiteurs, après ce parcours silencieux et presque recueilli, c’était une épreuve difficile à supporter. L’exposition est déclinée en 10 variations de silence :

  1.  Du bruit au silence [une sorte d’Introduction]
  2. Vie silencieuse
  3. Non-dit
  4. Silence sacré
  5. Vanité
  6. Mélancolies
  7. Poésie du silence
  8.  Paysages silencieux
  9. Espaces du silence
  10. artitions du silencee

Ces thèmes sont présentés dans un petit guide de visite, particulièrement bien fait, avec 66 pages et 1 à 3 illustrations pour chacun. Nous avons emprunté à ce guide les lignes ci-dessous. Quelques-uns des tableaux cités peuvent être visualisés sur internet en entrant les quatre mots-clés « Exposition silences musée Rath ». Exposition Silences, Musée Rath, Genève. Dépliant de l’exposition. Vilhelm Hammershoi (1864-1916). Intérieur avec piano et femme vêtue de noir. Vers 1901. Huile sur toile. © Collection privée, photo F. Bevilacqua. 1. « Un tableau ou une sculpture sont par nature inertes et silencieux… [mais on oublie] à quel point les artistes ont voulu transcender cette limitation en cherchant à évoquer par la couleur, le rythme ou la composition, les bruits et la fureur du monde Il y a deux sortes de peintures… [Ainsi], la hiérarchie des genres plaçait tout en haut la peinture d’histoire (scènes religieuses, mythologiques ou historiques) et tout en bas la nature morte, peinture silencieuse par excellence. La nature morte, la scène de genre, le portrait même, sont ainsi longtemps restés des genres secondaires, destinés à un usage privé, domestique… [qui réclament] une attention plus soutenue, une expérience plus intime. Leur silence en tout cas ne doit pas être vu comme un manque d’ambition ». Cette introduction est illustrée par une surprenante et silencieuse performance vidéo couleur (de Camille Llobet) mettant en scène le chef d’orchestre Philippe Béran et la performeuse sourde Naha El Sadawy « qui exprime en langue des signes, les instants particuliers des répétitions de l’orchestre du Collège de Genève ». C’est donc bien le silence qui exprime ce qui est vu et non ce qui est entendu. Très amusant parallèle qui montre et la fougue du chef d’orchestre par ses expressions et la performeuse évoquant le maestro et les musiciens par des mimiques en langage des signes. Un tableau de l’entourage de Aert de Gelder Dordrecht (1645-1727) donne à voir, et presque à entendre, « le rire sonore d’un personnage… vêtu à la manière des chanteurs de rue et des marionnettistes… Nul ne peut échapper, malgré sa laideur, au rire sonore et même contagieux de ce rieur. » 2. Le thème de la « vie silencieuse » associe, d’un côté, la « nature morte » qui se traduit par « vie silencieuse » en anglais (Still Life), en allemand (Sillleben) et en hollandais (stilleven) et, de l’autre des activités individuelles comme la lecture et l’écriture. Évidemment, il ne manque pas d’œuvres pour cette rubrique entre des objets naturels (fruits, légumes, poissons, gibiers, fleurs) pour les natures mortes et des portraits avec lecture et écriture pour les personnages. 3. «

Ces thèmes sont présentés dans un petit guide de visite, particulièrement bien fait, avec 66 pages et 1 à 3 illustrations pour chacun. Nous avons emprunté à ce guide les lignes ci-dessous. Quelques-uns des tableaux cités peuvent être visualisés sur internet en entrant les quatre mots-clés « Exposition silences musée Rath ». Exposition Silences, Musée Rath, Genève. Dépliant de l’exposition. Vilhelm Hammershoi (1864-1916). Intérieur avec piano et femme vêtue de noir. Vers 1901. Huile sur toile. © Collection privée, photo F. Bevilacqua. 1. « Un tableau ou une sculpture sont par nature inertes et silencieux… [mais on oublie] à quel point les artistes ont voulu transcender cette limitation en cherchant à évoquer par la couleur, le rythme ou la composition, les bruits et la fureur du monde Il y a deux sortes de peintures… [Ainsi], la hiérarchie des genres plaçait tout en haut la peinture d’histoire (scènes religieuses, mythologiques ou historiques) et tout en bas la nature morte, peinture silencieuse par excellence. La nature morte, la scène de genre, le portrait même, sont ainsi longtemps restés des genres secondaires, destinés à un usage privé, domestique… [qui réclament] une attention plus soutenue, une expérience plus intime. Leur silence en tout cas ne doit pas être vu comme un manque d’ambition ». Cette introduction est illustrée par une surprenante et silencieuse performance vidéo couleur (de Camille Llobet) mettant en scène le chef d’orchestre Philippe Béran et la performeuse sourde Naha El Sadawy « qui exprime en langue des signes, les instants particuliers des répétitions de l’orchestre du Collège de Genève ». C’est donc bien le silence qui exprime ce qui est vu et non ce qui est entendu. Très amusant parallèle qui montre et la fougue du chef d’orchestre par ses expressions et la performeuse évoquant le maestro et les musiciens par des mimiques en langage des signes. Un tableau de l’entourage de Aert de Gelder Dordrecht (1645-1727) donne à voir, et presque à entendre, « le rire sonore d’un personnage… vêtu à la manière des chanteurs de rue et des marionnettistes… Nul ne peut échapper, malgré sa laideur, au rire sonore et même contagieux de ce rieur. » 2. Le thème de la « vie silencieuse » associe, d’un côté, la « nature morte » qui se traduit par « vie silencieuse » en anglais (Still Life), en allemand (Sillleben) et en hollandais (stilleven) et, de l’autre des activités individuelles comme la lecture et l’écriture. Évidemment, il ne manque pas d’œuvres pour cette rubrique entre des objets naturels (fruits, légumes, poissons, gibiers, fleurs) pour les natures mortes et des portraits avec lecture et écriture pour les personnages. 3. «

Ces thèmes sont présentés dans un petit guide de visite, particulièrement bien fait, avec 66 pages et 1 à 3 illustrations pour chacun. Nous avons emprunté à ce guide les lignes ci-dessous. Quelques-uns des tableaux cités peuvent être visualisés sur internet en entrant les quatre mots-clés « Exposition silences musée Rath ». Exposition Silences, Musée Rath, Genève. Dépliant de l’exposition. Vilhelm Hammershoi (1864-1916). Intérieur avec piano et femme vêtue de noir. Vers 1901. Huile sur toile. © Collection privée, photo F. Bevilacqua. 1. « Un tableau ou une sculpture sont par nature inertes et silencieux… [mais on oublie] à quel point les artistes ont voulu transcender cette limitation en cherchant à évoquer par la couleur, le rythme ou la composition, les bruits et la fureur du monde Il y a deux sortes de peintures… [Ainsi], la hiérarchie des genres plaçait tout en haut la peinture d’histoire (scènes religieuses, mythologiques ou historiques) et tout en bas la nature morte, peinture silencieuse par excellence. La nature morte, la scène de genre, le portrait même, sont ainsi longtemps restés des genres secondaires, destinés à un usage privé, domestique… [qui réclament] une attention plus soutenue, une expérience plus intime. Leur silence en tout cas ne doit pas être vu comme un manque d’ambition ». Cette introduction est illustrée par une surprenante et silencieuse performance vidéo couleur (de Camille Llobet) mettant en scène le chef d’orchestre Philippe Béran et la performeuse sourde Naha El Sadawy « qui exprime en langue des signes, les instants particuliers des répétitions de l’orchestre du Collège de Genève ». C’est donc bien le silence qui exprime ce qui est vu et non ce qui est entendu. Très amusant parallèle qui montre et la fougue du chef d’orchestre par ses expressions et la performeuse évoquant le maestro et les musiciens par des mimiques en langage des signes. Un tableau de l’entourage de Aert de Gelder Dordrecht (1645-1727) donne à voir, et presque à entendre, « le rire sonore d’un personnage… vêtu à la manière des chanteurs de rue et des marionnettistes… Nul ne peut échapper, malgré sa laideur, au rire sonore et même contagieux de ce rieur. » 2. Le thème de la « vie silencieuse » associe, d’un côté, la « nature morte » qui se traduit par « vie silencieuse » en anglais (Still Life), en allemand (Sillleben) et en hollandais (stilleven) et, de l’autre des activités individuelles comme la lecture et l’écriture. Évidemment, il ne manque pas d’œuvres pour cette rubrique entre des objets naturels (fruits, légumes, poissons, gibiers, fleurs) pour les natures mortes et des portraits avec lecture et écriture pour les personnages. 3. «

3. « Le silence peut aussi s’avérer lourd de paroles tues : secret et non-dit » ou encore la non communication entre deux êtres. Deux tableaux très originaux méritent d’être mentionnés dans cette exposition : La Haine (1908, collection privée) de Félix Valloton (1865-1925) qui symbolise l’affrontement de l’homme et de la femme, et l’Au3. « Le silence peut aussi s’avérer lourd de paroles tues : secret et non-dit » ou encore la non communication entre deux êtres. Deux tableaux très originaux méritent d’être mentionnés dans cette exposition : La Haine (1908, collection privée) de Félix Valloton (1865-1925) qui symbolise l’affrontement de l’homme et de la femme, et l’Au3. « Le silence peut aussi s’avérer lourd de paroles tues : secret et non-dit » ou encore la non communication entre deux êtres. Deux tableaux très originaux méritent d’être mentionnés dans cette exposition : La Haine (1908, collection privée) de Félix Valloton (1865-1925) qui symbolise l’affrontement de l’homme et de la femme, et l’AuAtoportrait le doigt sur la bouchee (vers 1900, Musée d’art du Valais) par Marguerite Burnat-Provins (1872-1952). Le doigt sur la bouche, c’est vraiment s’imposer le silence… mais l’imposer aussi au regardeur !

4. « La sphère sacrée ouvre au silence du recueillement et de la prière ». Les exemples ne manquent pas pour ce « silence sacré ». Le silence s’impose-t-il quand on regarde dans les musées tous ces tableaux d’art sacré, particulièrement les portraits de personnages spirituels ? À signaler une magnifique eau-forte de Rembrandt (1606-1669), Saint-Jérôme dans une chambre obscure (1642, Cabinet d’arts graphiques des Musées d’art et d’histoire, Genève).4. « La sphère sacrée ouvre au silence du recueillement et de la prière ». Les exemples ne manquent pas pour ce « silence sacré ». Le silence s’impose-t-il quand on regarde dans les musées tous ces tableaux d’art sacré, particulièrement les portraits de personnages spirituels ? À signaler une magnifique eau-forte de Rembrandt (1606-1669), Saint-Jérôme dans une chambre obscure (1642, Cabinet d’arts graphiques des Musées d’art et d’histoire, Genève).4. « La sphère sacrée ouvre au silence du recueillement et de la prière ». Les exemples ne manquent pas pour ce « silence sacré ». Le silence s’impose-t-il quand on regarde dans les musées tous ces tableaux d’art sacré, particulièrement les portraits de personnages spirituels ? À signaler une magnifique eau-forte de Rembrandt (1606-1669), Saint-Jérôme dans une chambre obscure (1642, Cabinet d’arts graphiques des Musées d’art et d’histoire, Genève).

5. « Le silence s’accorde aux méditations sur la finitude et la valeur illusoire des choses humaines dès le XVIIe siècle en Hollande… invitent à une réflexion sur notre destin de mortels… l’exergue de L’Ecclésiaste “Vanité des vanités, tout est vanité”… vanité des biens de ce monde… les pièces de monnaie, les bijoux, les étoffes précieuses, les armes, les jeux et le vin… [mais aussi] vanité du savoir représentée par les livres, les instruments scientifiques et les arts… également les symboles de la fuite du temps… et de la mort, comme le crâne, le sablier, les bougies consumées… »5. « Le silence s’accorde aux méditations sur la finitude et la valeur illusoire des choses humaines dès le XVIIe siècle en Hollande… invitent à une réflexion sur notre destin de mortels… l’exergue de L’Ecclésiaste “Vanité des vanités, tout est vanité”… vanité des biens de ce monde… les pièces de monnaie, les bijoux, les étoffes précieuses, les armes, les jeux et le vin… [mais aussi] vanité du savoir représentée par les livres, les instruments scientifiques et les arts… également les symboles de la fuite du temps… et de la mort, comme le crâne, le sablier, les bougies consumées… »5. « Le silence s’accorde aux méditations sur la finitude et la valeur illusoire des choses humaines dès le XVIIe siècle en Hollande… invitent à une réflexion sur notre destin de mortels… l’exergue de L’Ecclésiaste “Vanité des vanités, tout est vanité”… vanité des biens de ce monde… les pièces de monnaie, les bijoux, les étoffes précieuses, les armes, les jeux et le vin… [mais aussi] vanité du savoir représentée par les livres, les instruments scientifiques et les arts… également les symboles de la fuite du temps… et de la mort, comme le crâne, le sablier, les bougies consumées… »

6. « Si le silence permet un accès à soi, une écoute intérieure, cette quête introspective peut être attachée à un sentiment teinté de gravité ou de tristesse… deuil… mélancolie ». À citer, évidemment, la Mélancolie de Dürer, mais aussi celle (1896, coll. privée) de Lucien Lévy-Dhurmer (1865-1953) ou Le6. « Si le silence permet un accès à soi, une écoute intérieure, cette quête introspective peut être attachée à un sentiment teinté de gravité ou de tristesse… deuil… mélancolie ». À citer, évidemment, la Mélancolie de Dürer, mais aussi celle (1896, coll. privée) de Lucien Lévy-Dhurmer (1865-1953) ou Le6. « Si le silence permet un accès à soi, une écoute intérieure, cette quête introspective peut être attachée à un sentiment teinté de gravité ou de tristesse… deuil… mélancolie ». À citer, évidemment, la Mélancolie de Dürer, mais aussi celle (1896, coll. privée) de Lucien Lévy-Dhurmer (1865-1953) ou LeLeSilencee (1897, coll. Langenstein, Saint-Gall) d’Henri Martin (1860-1943).

7. « Les Anciens définissaient la peinture comme une “poétique muette” et Léonard de Vinci recommandait à ses élèves d’observer les mouvements des personnes sourdes, comme si leur silence exprimait une expression pure sans aucun artifice ». L’affiche de l’exposition (voir ci-dessus) illustre parfaitement cette thématique avec le magnifique Intérieur avec piano et femme vêtue de noir (1901, coll. privée) de Vilhelm Hammershǿi (1864-1916).7. « Les Anciens définissaient la peinture comme une “poétique muette” et Léonard de Vinci recommandait à ses élèves d’observer les mouvements des personnes sourdes, comme si leur silence exprimait une expression pure sans aucun artifice ». L’affiche de l’exposition (voir ci-dessus) illustre parfaitement cette thématique avec le magnifique Intérieur avec piano et femme vêtue de noir (1901, coll. privée) de Vilhelm Hammershǿi (1864-1916).7. « Les Anciens définissaient la peinture comme une “poétique muette” et Léonard de Vinci recommandait à ses élèves d’observer les mouvements des personnes sourdes, comme si leur silence exprimait une expression pure sans aucun artifice ». L’affiche de l’exposition (voir ci-dessus) illustre parfaitement cette thématique avec le magnifique Intérieur avec piano et femme vêtue de noir (1901, coll. privée) de Vilhelm Hammershǿi (1864-1916).

8. « À priori dépourvue d’anecdote, la peinture de paysage invite à la contemplation et par là-même à une réponse silencieuse… cet art… peut également se faire support de projection ou de méditation sur les relatons de l’homme à la nature : menaçante ou domestiquée, préservé ou aujourd’hui à son tour menacée ». Nous sommes en Suisse et on ne peut éviter deux immenses peintres : Bernard Calame (1810-1864) et ses paysages romantiques, ici L’hiver (1851, Musée d’art et d’histoire, Genève), et Ferdinand Hodler (1853-1918) avec ses peintures de lacs, dont Le
8. « À priori dépourvue d’anecdote, la peinture de paysage invite à la contemplation et par là-même à une réponse silencieuse… cet art… peut également se faire support de projection ou de méditation sur les relatons de l’homme à la nature : menaçante ou domestiquée, préservé ou aujourd’hui à son tour menacée ». Nous sommes en Suisse et on ne peut éviter deux immenses peintres : Bernard Calame (1810-1864) et ses paysages romantiques, ici L’hiver (1851, Musée d’art et d’histoire, Genève), et Ferdinand Hodler (1853-1918) avec ses peintures de lacs, dont Le8. « À priori dépourvue d’anecdote, la peinture de paysage invite à la contemplation et par là-même à une réponse silencieuse… cet art… peut également se faire support de projection ou de méditation sur les relatons de l’homme à la nature : menaçante ou domestiquée, préservé ou aujourd’hui à son tour menacée ». Nous sommes en Suisse et on ne peut éviter deux immenses peintres : Bernard Calame (1810-1864) et ses paysages romantiques, ici L’hiver (1851, Musée d’art et d’histoire, Genève), et Ferdinand Hodler (1853-1918) avec ses peintures de lacs, dont Le8. « À priori dépourvue d’anecdote, la peinture de paysage invite à la contemplation et par là-même à une réponse silencieuse… cet art… peut également se faire support de projection ou de méditation sur les relatons de l’homme à la nature : menaçante ou domestiquée, préservé ou aujourd’hui à son tour menacée ». Nous sommes en Suisse et on ne peut éviter deux immenses peintres : Bernard Calame (1810-1864) et ses paysages romantiques, ici L’hiver (1851, Musée d’art et d’histoire, Genève), et Ferdinand Hodler (1853-1918) avec ses peintures de lacs, dont Le Le Lac Léman et le Mont-Blanc à l’aube (1917, Musée d’art et d’histoire, Genève), peint quinze fois par l’artiste entre janvier et mai 1918.

9. Hormis les œuvres qui, évidemment sont belles, il est difficile dans l’espace consacré à ce thème de se sentir concerné par le titre donné d’« Espaces de silence ».

10. « Le silence est constitutif de la musique : c’est le fond indispensable sur lequel se détachent les rythmes et les tons. Pourtant, faire l’expérience du silence complet est impossible … : c’est en repensant à sa visite d’une chambre insonorisée en 1940 à Harvard que John Cage composera 4’33, une partition pour instrument et orchestre silencieux en trois mouvements. » Ce ne fut toutefois pas le silence complet avec les bruits parasites. « Comme il l’a dit par ailleurs : “Jusqu’à ma mort il y aura toujours du bruit et il continuera à me suivre même après.” »

Les œuvres présentées sur le dernier thème « Partitions du silence » sont un peu particulières, mais ce thème fait penser aux trois belles expositions consacrées à Fabienne Verdier cet été (21 juin – 13 octobre 2019), à Aix-en-Provence au Musée Granet (Exposition rétrospective), au Pavillon de Vendôme (Atelier nomade) et à la Cité du Livre (Sound Traces, installation). Au musée Granet la musique est déjà très présente avec de nombreuses œuvres peintes qui s’y réfèrent, mis c’est surtout à la Cité du livre que musique et art s’articulent autour d’une installation-performance de l’artiste : un orchestre (non silencieux) joue une œuvre et Fabienne Verdier, en silence, improvise en même temps d’immenses calligraphies inspirées du rythme musical. D’ailleurs le silence, ou les silences, sont une dimension essentielle de l’inspiration de Fabienne Verdier et son célèbre ouvrage autobiographique sur son long séjour en Chine (à lire absolument) ne s’intitule-t-il pas Passagère du silence !

Christian Feller et Laurence Feller-Girod (19/9/2019)


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Inauguration du FRAC Nouvelle-Aquitaine MECA* à Bordeaux

« Rendre accessible l’art de notre époque à de nouveaux publics ». Telle est la mission du Frac - Fonds Régional d’Art Contemporain- au travers d’expositions intramuros mais aussi d’actions diverses sur le territoire régional.

Pour ce 6e FRAC « nouvelle génération » à être inauguré, l’emménagement dans le superbe bâtiment conçu par les agences BIG-Bjarke Ingels Group et Freaks correspond à un changement d’échelle et de nouveaux défis. Ce Frac Nouvelle-Aquitaine MECA s’est implanté sur les bords de la Garonne, dans le quartier en devenir d’ Euratlantique à proximité de la gare Saint-Jean. De sa terrasse au 5e étage, le visiteur embrasse tout le centre historique du regard et les constructions plus récentes d’architectes de renom - Bouliac, Herzog et de Meuron, Rem Koolhaas, Jean Nouvel, Rudy Ricciotti… Dans cet espace pluridisciplinaire de 18 000 m2 de la MECA, aux côtés des agences culturelles régionales dédiées au spectacle vivant (OARA) et au cinéma, audiovisuel et livre (OARA), le Frac pourra développer des perspectives croisées avec les différents acteurs de ses structures voisines.

Dans le cadre du 1% artistique, l’œuvre « un détail » de Benoit Maire, demi-tête d’Hermès en bronze, a été retenue et installée sur les gradins extérieurs face à la Garonne.

Sur les 4600 m2 de superficie dévolue au Frac dont 1200 à l’espace d’exposition, un atelier de production et un lieu de résidence permettent d’apporter un soutien aux artistes au travers du Pôle Innovation et Création, en s’appuyant sur les compétences des entreprises néo-aquitaines.

L’exposition inaugurale « Il est une fois dans l’Ouest » évoque chez tous un western bien connu, mais surtout raconte une histoire composite qui commence dans l’ouest de la France pour se poursuivre jusqu’en Afrique, continent avec lequel Bordeaux a tissé des liens de longue date. Cette histoire s’écrit au temps présent, à plusieurs mains (commissaires, directeurs de musées, fondations et centres d’art…) avec 15 projets et une centaine d’artistes regroupés selon cinq thématiques.

Dans la section « Singularités, Identités et Territoires », « le carnaval à Périgueux » de Martial Raysse ouvre le bal avec une fresque allégorique où le récit de l’humanité se déroule comme un phylactère. Un dialogue entre la collection du musée des Beaux-Arts de Libourne, principalement consacrée aux peintres femmes et à la représentation féminine, et les œuvres d’Alexandre Delay convoquant la figure du nu, se lit dans une frise où s’enchevêtrent fragments de corps, photographies et textes morcelés extraits de polars. Dans la section « Ici et Là-bas », Anne Dressen a sélectionné des œuvres acquises récemment et en lien avec la veine néo-craft, autour du thème « Trans » : trans-medium, trans-genre, trans-génération… Un peu plus loin, une fenêtre s’ouvre sur la création artistique en Afrique du Sud avec la présentation d’une sélection d’œuvres issues de la collection d’art africain contemporain de la Fondation SAFFCA établie depuis 2016 à Saint Emilion.  Cette fondation, créée à Johannesburg en 2014 par Pierre Lombart, apporte aux artistes africains vivants soutien et aide à la promotion au travers d’expositions et résidences. Ici l’accrochage permet un dialogue entre artistes reconnus et scène émergente.

Claire Jacquet, la directrice du FRAC, nous confie que la collection d’art africain contemporain du Fonds Régional devrait s’étoffer dans les années à venir.

Une première collaboration, dans le cadre du nouveau pôle Innovation et Création, entre l’artiste Alice Raymond et une entreprise de tôlerie industrielle a été initiée et la sculpture « La grande traversée » est présentée dans la section « L’écosystème dynamique ».

Le fonds du FRAC, rassemblant 1216 œuvres depuis 1983, s’est constitué tout d’abord autour d’un ensemble photographique retraçant l’histoire de la photographie au XXe siècle.  Aurélien Mole et Eric Tabuchi revisitent les collections photographiques des trois Frac - Aquitaine, Poitou-Charentes et Limousin- en créant des méta-images rapprochant quatre images – lieu, objet, acte, être – dans une seule page visuelle hors classification et hors cimaise.

L’artiste Géraldine Kosiak retrace les 37 ans du Frac dans une B.D. et présente les planches originales dans une longue frise courant sur les murs à l’entrée de l’exposition.

Enfin, le FRAC a bien sûr aussi vocation de se développer hors les murs. Grâce au mobilier « Le mécano de la Régionale », constitué d’éléments modulables, la collection pourra être montrée dans de nombreux lieux inhabituels de la région à des publics divers et parfois éloignés dès 2020.

Un nouveau bâtiment, un nouveau modèle, pour de nouveaux enjeux et de nouveaux horizons en ce FRAC - lieu d’acquisition, de monstration et de diffusion- dont la dynamique fera encore, on l’espère, de nombreux émules !

*Maison de l'Économie Créative et Culturelle en Nouvelle-Aquitaine  

Sylvie Fontaine (05/7/2019)

 Infos pratiques
FRAC Nouvelle Aquitaine MECA
« Il est une fois dans l’Ouest » Jusqu’au 9 novembre
MECA, 5 parvis Corto Maltèse, 33800 Bordeaux
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Ombres, de la Renaissance à nos jours

Après le succès de l’exposition Fenêtres, de la Renaissance à nos jours. Dürer, Monet, Magritte… en 2013, la Fondation de l’Hermitage de Lausanne poursuit son exploration des grands thèmes de l’iconographie occidentale, et propose au public de découvrir les multiples facettes artistiques de l’ombre.

L’exposition particulièrement originale offre un parcours à travers 500 ans d’histoire de l’art et convoque des formes artistiques très variées, allant de la peinture à l’installation, en passant par la sculpture, l’estampe, le dessin, le découpage, la photographie ou encore la vidéo.

Comme la fenêtre, métaphore du tableau depuis la Renaissance, l’ombre occupe une place symbolique centrale dans notre culture visuelle. En effet, depuis l’Antiquité, il se raconte que l’ombre est au cœur de l’invention de la peinture, du dessin et même du modelage en bas-relief. Au-delà des grands mythes élaborés autour de l’ombre, nous faisons tous quotidiennement l’expérience de l’ombre projetée, et ce phénomène nous intéresse dès l’enfance, les jeux d’ombres faisant certainement partie des divertissements les plus anciens. C’est avec Rembrandt que ces éléments caractéristiques se mettent en place, jusqu’à créer une véritable typologie. Il est en effet le premier artiste à avoir réalisé un très grand nombre d’autoportraits – près d’une centaine en quatre décennies –, et son influence sur le genre est immense.

Dans les œuvres de cette époque, relevons particulièrement l’Autoportrait à la bougie de Godfried Schalken (1643-1706) qui étudie particulièrement les jeux d’ombre et de lumière sur le visage mais aussi sur tout l’entourage. D’autres artistes confèrent aussi l’intensité de l’apparition par ces mécanismes, comme Jan Lievens, John Opie ou Fantin-Latour. Puis, dans son magistral portrait de jeunesse, Eugène Delacroix surgit de l’ombre comme halluciné, mais vivante incarnation du génie artistique.

Les sens de l’Ombre

Ainsi, au moment de la Renaissance, l’ombre est au cœur d’une grande révolution que provoqua la carrière éclatante du Caravage. De son œuvre va naître un mouvement caravagesque, appelé aussi ténébrisme, se distinguant par « la lumière très claire et l’ombre très sombre qui donnent du relief à la peinture » comme le signale Giulio Mancini en 1617 déjà. Le joueur de Théorbe d’Antiveduto Gramatica utilise de façon raffinée l’ombre portée d’une main pour donner forme au son de l’instrument.

Une salle s’intéresse particulièrement à l’ombre de la création du monde, mythe cosmogonique judéo-chrétien, puisque le premier jour est, selon le livre de la Genèse, celui de la séparation de la lumière d’avec les ténèbres (Genèse, 1,4). L’ombre joue aussi un rôle primordial dans l’allégorie de la caverne de Platon qui est évocation de l’accès à la connaissance : les ombres projetées dans la caverne, lieu naturel de l’ignorance, ne sont que des illusions, l’apparence trompeuse de la réalité (La République, VII, 514-515).

Fondamentalement, l’ombre est un élément indispensable de l’identité d’un sujet, comme si ce dédoublement, plus ou moins important selon les circonstances, garantissait la nature même de l’humain. Plusieurs contes fantastiques soulignent l’improbabilité de l’absence de l’ombre, comme le celui de Peter Schlemmil, qui a vendu son ombre au diable en échange de la fortune, dans la nouvelle d’Adalbert von Chamisso, de la « Femme sans ombre » d’Hugo von Hofmannsthal, ombre qui est ici aussi symbole de fécondité, sans oublier le clin d’œil à Lucky Luke qui tire plus vite que son ombre !

L’exposition présente aussi une série d’œuvres de la période romantique où la nuit devient sujet. Les artistes essaient de reproduire le passage de la Terre dans son ombre et des nuits profondes. Les « nuits » sont aussi souvent des scènes d’intérieur éclairées à la lumière artificielle (lanterne ou bougie). Que ce soit l’ombre porté d’une main, d’un visage ou d’un lampadaire, la projection des ombres vient animer et dynamiser les compositions vers des détails inattendus. Puis, vers la fin du 19e siècle, l’ombre passe à des gammes de gris puis à des bruns, mais avec des couleurs franches et éclatantes. L’ombre va être de plus en plus un choix artistique qui va inspirer non seulement les peintres mais aussi les photographes et les graphistes.

L’exposition se visite en 16 salles aux thèmes chaque fois différents, plus ou moins dans l’ordre chronologique de l’évolution de l’ombre dans les œuvres artistiques. Elle rassemble environ 140 œuvres distinctes, provenant de musée du monde entier et de collections particulières. Elle est intéressante non seulement pour les amateurs d’art mais aussi, à notre avis, à tous ceux que l’histoire de l’art et de ses techniques intéressent. Séverine et Raymond Benoit (03/7/2019)

Ombres, de la Renaissance à nos jours
Fondation de l’Hermitage, Lausanne
Du 28 juin au 27 octobre 2019
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Théâtre

 

Guérisseur

Très connu dans les pays de langue anglaise, Brian Friel l'est moins en France. Heureusement, depuis une vingtaine d'années, Alain Delahaye a entrepris de traduire toute l'œuvre abondante du dramaturge irlandais décédé il y a trois ans et il en a déjà traduit un bon nombre. Faith Healer (Guérisseur) en fait partie.
La pièce est actuellement jouée au Lucernaire jusqu'au 14 avril. Trois personnages racontent tour à tour leur histoire commune, celle de la tournée en Grande Bretagne du guérisseur accompagné de son épouse et de son impresario. Tournée hasardeuse dans une vieille camionnette qui les conduit d'un village miteux à un autre encore pire, devant une assistance parfois rare et souvent primitive. Les épisodes cocasses ou dramatiques du voyage sont vus par les trois protagonistes sous des angles différents. Le spectateur, dont l'attention ne se relâche pas une seconde (on entendrait une mouche voler dans la salle) est en plein suspense, complètement accroché aux lèvres des acteurs, mais chacun des trois personnages a sa vérité. Les voyageurs reviennent enfin en Irlande, dans ce village de Ballybeg déjà évoqué dans d'autres pièces de Brian Friel. Je ne dévoilerai pas la fin très subtilement suggérée.
e jeu des trois acteurs tout en nuances ne peut qu'être loué et contribue à faire de cette pièce un spectacle de qualité.

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Marie-José Sélaudoux (14/02/2018)

« Les Reines » de Normand Chaurette

Les fans de Shakespeare et les amateurs de théâtre contemporain peuvent se laisser surprendre par « Les Reines », une tragédie francophone du Canadien Normand Chaurette mise en scène par Elisabeth Chailloux. Créé et présenté à la Manufacture des œillets, à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), du 12 au 29 janvier 2018, ce spectacle de six comédiennes chevronnées doit ensuite partir en tournée, en particulier à Colmar.
A Londres, le 20 janvier 1483, six femmes se croisent dans un château sombre, où elles s’apostrophent dans une langue riche et poétique. Elles sont sœurs, épouses ou mère de roi. L’une d’elles, qui aimait trop son frère, déambule comme un ange en patins à roulettes. Le roi Edouard agonise ; les enfants d’Elisabeth sont menacés, sur fond de guerre des Deux Roses. De cette guerre s’est inspiré Shakespeare pour écrire « Richard III » et « Henri VI ». Ces personnages de Shakespeare sont réincarnés par Chaurette : Anne Dexter (interprétée par Bénédicte Choisnet), la duchesse d’York (Sophie Daull), les sœurs Isabelle Warwick (Pauline Huruguen) et Anne Warwick (Marion Lenfant), la reine Elisabeth (Anne le Guernec), la reine Marguerite (Laurence Roy).
Normand Chaurette, né en 1954 à Montréal, explique : « je tenais à écrire une pièce sur la métaphore, sur la langue, sur le flamboiement, sur le décadent ». La question du pouvoir n’est pas fondamentale pour ces rôles, assure le dramaturge, qui pense l’acteur comme un instrument de musique : « les mots sont pour moi des rondes, des blanches, des noires et des croches, la voix des acteurs des timbres ».  

L’ancienne manufacture des œillets, centenaire, a été rachetée par la ville d’Ivry en 2009 et Inscrite à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques. On y fabriquait des œillets, des anneaux métalliques permettant de consolider les trous pratiqués dans du tissu ou dans du cuir pour y glisser des lacets. Aujourd’hui, elle abrite le théâtre des quartiers d’Ivry (centre dramatique national du Val-de-Marne), avec ses activités de création et de production, de formation professionnelle et amateur (l’Atelier Théâtral), de rencontre avec des artistes et des compagnies venues d’ailleurs (Théâtre des Quartiers du Monde). Des plasticiens contemporains y sont également présentés dans un des bâtiments avec le CREDAC.

Site

Marie-France Blumereau-Maniglier (15/01/2018)

 


Musique

 

Les 40 ans de l’Orchestre de chambre de Paris

L’orchestre de chambre de Paris fête ses 40 ans. Ses activités allient qualité musicale et projets pédagogiques. Il se produit principalement au Théâtre des Champs-Elysées, mais aussi à la Philharmonie.

La saison 2018-2019 présente de nombreux points forts, comme des concertos par François-Frédéric Guy dans la série « jouer diriger », les artistes Emmanuel Pahud, Alisa Weilerstein, François Leleu, une participation à un week-end « Syrie » de la Philharmonie, du chant, des opéras, les concerts de musique de chambre, etc. 

Toute la saison

Thierry Vagne - 08/4/2018

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